Après deux mois de confinement passé dans nos diocèses, où une certaine régularité de vie s’était installée, l’heure du retour au séminaire avait sonné. Celle-ci fut connue assez rapidement puisqu’il s’agit de ce fameux 11 mai, jour tant attendu par des millions de Français comme jour de libération, mais aussi par beaucoup de séminaristes, heureux de retrouver une vie fraternelle sur les bords de Loire.

Pourtant, passé le stade des réjouissances, une certaine inquiétude se fit sentir dès la réception du catalogue de mesures sanitaires que le séminaire souhaitait mettre en place, et dont moi, Maître de Maison, avais à charge de faire appliquer. Aussi, dans un tel contexte et afin d’éviter tout rassemblement, inévitable après deux mois d’absence, il fut décidé que les séminaristes rentreraient en trois vagues étalées sur deux jours. Les premiers arrivés, masque sur le nez, que certains expérimentaient pour la première fois, furent invités par le recteur, à peine les valises posées, à installer les tables du nouveau réfectoire, transféré pour l’occasion dans des salles de cours, avant que ne commence la réunion de rentrée durant laquelle les nouvelles mesures sanitaires nous furent exposées. Beaucoup d’interrogation et de perplexité surgirent alors, notamment quant à l’application de ces mesures que nous n’avions pas eu à subir en confinement, dont le port de masques en coton, confectionnés gracieusement par les Sœurs du Carmel de Micy, suivi de près par l’arrivée de visières en plastique. Fort heureusement leur port ne fut rendu obligatoire que dans les couloirs et non dans le réfectoire où, dès notre premier repas, nous pûmes les enlever au plus vite et raconter notre confinement à nos frères, heureux de nous retrouver dans cette salle spacieuse et lumineuse que la cathédrale d’Orléans dominait.

Les jours suivants, une fois tous les frères rentrés, les premiers mécontentements se firent entendre, notamment sur le poids que représentaient ces mesures sanitaires sur la vie communautaire. Nettoyage des masques, des sanitaires, distanciation, fermeture des lieux de vie, l’ambiance était lourde. Pour s’occuper, plusieurs activités ont donc été créées : tournoi de ping-pong, séance de cinéma, soirée barbecue. De mon côté, je continuais à m’activer dans tous les sens pour expliquer mais aussi pour recueillir les doléances des séminaristes sur les dysfonctionnements de telles ou telles mesures dont par exemple celle du lavage des masques ou du nouveau mode de fonctionnement du réfectoire. Par ailleurs, plusieurs affiches furent imprimées un peu partout pour rappeler les règles et signaler à tous l’importance du respect de celles-ci.

Outre ces aspects, l’un des changements les plus visibles de cette nouvelle dimension prise par le séminaire fut aussi la prise en main de la Collégiale Saint-Aignan comme chapelle de substitution pour nos offices mais aussi pour nos rencontres communautaires. Distance de 2 m entre nous, port du masque pour les prêtres lors des messes, les changements furent certains sans être radicalement différents. Il en alla de même pour les cours où désormais chaque cycle possède sa salle et chaque séminariste sa table face à un prof lui aussi masqué.

Finalement, les nouvelles sur le front de l’épidémie s’amenuisant, la réouverture des lieux de vie en centre-ville nous permettant de sortir et de profiter du bon temps, la lourde ambiance qui avait pu peser sur certains s’évapora, tant et si bien que nous sommes revenus aujourd’hui à une situation quasi normale sur le plan communautaire, pour la plus grande joie de tous.

Maxence Caputo

Un père du séminaire donnant la communion à un séminariste au moment du déconfinement