Comme toute la France, voici trois semaines bientôt que le Séminaire Notre-Dame de l’Espérance se trouve en confinement mais hors Orléans. La communauté est en diaspora aux quatre coins de la France. D’Antibes à Maubeuge, de Saint-Claude à Dax en passant par Limoges, la communauté du séminaire colore partout en France. Comme le virus, aucune région n’est épargnée par le séminaire !

Mais rassurez-vous, ce ne sont pas des vacances. Tout le monde connaît le légendaire sérieux des séminaristes, aucun n’a imaginé en profiter pour boire l’apéritif sur la terrasse et jouer à la pétanque en pensant au doux souvenir des frères de communautés. Non vraiment, aucun… Il est donc décevant de voir que c’était là la peur des membres du conseil du séminaire ! Conséquence : chacun a été envoyé non en famille mais en « stage pastoral » dans une paroisse. Vous allez penser que c’est une blague, que peut-il rester comme pastorale en ce temps de confinement ? Plus de catéchisme ? Plus d’accueil au presbytère ? Plus d’aumôneries ? Même plus de messes avec les fidèles ? C’était sans compter sur la capacité de l’Église à s’adapter ! Voilà les séminaristes devenus des stars (au moins !) des réseaux sociaux, des youtubeurs confirmés et des employés de plateformes téléphoniques chaleureux. Tout est bon pour maintenir le lien avec les membres de la communauté paroissiale. Activité que vous avez sans doute vu naître dans vos réseaux : messes et/ou offices de la liturgie des Heures diffusés en direct sur internet ; vidéos méditatives ou catéchétiques sur la Parole de Dieu ou des œuvres d’arts ; propositions d’aides aux achats de premières nécessités pour les personnes à risques ou même tout simplement propositions d’appels pour les personnes isolées. Et malheureusement aussi, dans un contexte peu évident, les funérailles continuent d’être célébrées dans la limite de vingt personnes autorisées à l’église. Il est dur de voir partir ainsi des personnes dans un tel anonymat. Cinq personnes seulement sont autorisées au cimetière. Comment faire son deuil quand on ne peut pas accompagner son défunt jusqu’au bout ? Pour nous, il ne nous reste que la prière. Et c’est déjà beaucoup.

Le « stage pastoral » c’est bien, mais il y a quand même une année universitaire qui se retrouve amputée d’un mois au moins de travail acharné ! Alors le télétravail on s’y met aussi. Comme on peut et chacun selon son débit internet et sa maîtrise informatique, ce qui est assez variable dans les deux cas ! Malgré tout, chaque séminariste doit trouver quatre heures de travail universitaire par jour selon les recommandations du Conseil du séminaire. Moi qui n’avais jamais travaillé quatre heures par jour au séminaire… Rassurez-vous donc, les séminaristes ne s’ennuient pas ! On fait le compte : quatre heures de travail universitaire, « stage pastoral », cuisine, repas, ménage, courses diverses (avec dérogation bien entendu), messes, offices, prière personnelle, sommeil et tout de même un peu de loisirs : 25h. J’exagère peut-être un peu, c’est vrai.

Finalement, les séminaristes ne sont pas malheureux ni à plaindre. Côté santé, deux suspicions de coronavirus dans la communauté mais en définitive aucun cas de dépistage positif. On découvre chez les séminaristes plein de nouveaux talents et de créativité : certains se mettent à la composition musicale, à la cuisine, à la boulangerie, … Pour ma part j’essaie le piano. Objectif : devenir le nouveau Mozart du XXIe siècle. On m’a fait remarquer que j’avais le niveau de Mozart lorsqu’il avait six mois. Moi j’ai atteint ce niveau en trois semaines : je suis en avance sur mon objectif !

Tous espèrent un retour le plus rapide au séminaire afin de retrouver la communauté et ses joyeux visages. On finit par s’attacher aux personnes et c’est toujours lorsqu’on s’éloigne que l’on s’en rend compte.

Nous vous confions tous à Notre-Dame de l’Espérance, pour qu’elle vous donne un peu de son Espérance, celle du Samedi Saint lorsque tout semble perdu et que, pourtant, elle seule espère encore. Alors dans la joie de Pâques, Salut !

Foucauld Pommier

Bureau d'un séminariste pendant le temps de confinement