Témoignage du Père Gué

Pendant les dix années de ma participation au Conseil du séminaire, j’ai été témoin des flux inhérents à la vie de toute communauté. J’ai connu le style de trois recteurs : Luc Crépy, Olivier Michalet et Laurent Tournier ; j’ai vu passer 144 candidats au presbytérat ; j’ai subi le changement de ratio nationalis et studiorum ; j’ai constaté la métamorphose des priorités : de l’insistance sur les études – il fallait redonner un lustre intellectuel à notre maison, au souci porté à la « formation humaine » – il convient désormais d’affermir les membres fragiles de notre communauté ; moi-même j’ai navigué dans les cycles, commençant par la direction du second cycle pour me recycler dans la 6ème année, tout en faisant une pige à Notre-Dame du Chemin.

Pourtant, marquée par ces évolutions, j’atteste que notre maison – notre Alma mater – est demeurée fidèle à son caractère propre : une capacité d’accueil de la diversité culturelle et sociale ; le souci d’accompagner au plus près chaque séminariste dans la découverte de soi, dans son parcours d’études et sa vie spirituelle, mais aussi dans son initiation à la pastorale ; enfin, une formation informée et finalisée par la pastorale. Tout cela confère à notre séminaire une personnalité attachante.

Après ces dix années passées à Orléans, au bord de la Loire, je rends grâce, je tire ma révérence et me prépare à jouer sur une autre scène et au bord d’un autre fleuve.

P. Xavier Gué - Diocèse de Tours

P. Xavier Gué

Témoignage du Père de Christen

Si j’avais su…

Il y a 17 ans, j’étais ordonné prêtre pour le diocèse d’Orléans, et je quittais le séminaire interdiocésain d’Orléans avec joie… Un sentiment souvent partagé lorsqu’on y a passé 6 ans de formation, et que nous avons hâte de nous frotter pleinement à la pastorale. Je pensais en avoir fini avec le séminaire ! Alors, lorsqu’on m’a demandé d’être formateur au séminaire il y a 6 ans, cela n’a pas été sans renoncement et sans étonnements.

Renoncement à être en paroisse, à travailler avec des équipes de laïcs, à faire des rencontres tous azimuts… pour « re-vivre » ce qui me semblait lourd : une communauté de formation à 40 personnes, avec son rythme propre, les repas à heure fixe, et pour mon plus grand « plaisir » à 7h30 la célébration de l’eucharistie ou des laudes…

Etonnement face à l’appel, car je n’ai pas le profil du professeur, n’ayant ni particulièrement brillé dans les études théologiques, ni ayant continué vers une maîtrise de théologie…

Et pourtant, je pense que cela fut un bon choix. J’ai pu ainsi découvrir de l’intérieur avec joie la fonction de formateur, et y apporter ma touche personnelle. En effet, mon expérience, que j’avais développée auparavant pour la coordination de la pastorale des jeunes du diocèse d’Orléans, m’avait sensibilisé au contenu de projet éducatif, de la pédagogie déployée et des moyens pour l’accomplir. Je suis arrivé au moment où le pape François publiait les nouvelles instructions pour la formation des prêtres, « Le don de la vocation presbytérale », insistant sur la formation humaine et spirituelle dans les séminaires. J’ai pu intégrer, en tant que directeur du 1er cycle, ses nouvelles orientations, mettre de nouveaux modules de formation humaine, faire vivre la vie communautaire, etc. C’est ce qui m’a le plus plu dans ma charge et contrebalançait la « joie » de l’organisation des examens.

Être formateur, c’est aussi entrer pour soi dans une école d’exigence et d’humilité. Car il s’agit de réduire l’écart entre ce que nous pouvons dire pour le bien de la formation des séminaristes, et ce que nous faisons ! Lorsqu’en conseil, nous nous exprimons sur le parcours de formation de chaque séminariste, il nous faut avoir pris le temps du discernement, nous exprimer par un « je » personnel et ne pas attendre que l’autre formateur parle à sa place, et à un moment nous devons dire un « oui » ou un « non » pour la poursuite du parcours de formation. Il y a un poids à la décision, car elle oriente une vie, celle du séminariste, et a un impact sur un diocèse ou une congrégation. Heureusement cette décision se vit en collégialité ; elle a été souvent pour moi source d’apprentissage de discernement des esprits et des situations.

La pastorale des jeunes m’a formé et amené au séminaire ; le séminaire m’a formé pour mon prochain travail de vicaire général pour la rentrée de septembre 2021, avec la joie de retrouver pied dans une paroisse !

Merci à ceux qui m’ont fait confiance durant ces 6 ans !

P. Karl-Aymeric de Christen - Diocèse d’Orléans

P. Karl-Aymeric de Christen