Montligeon, capitale catholique du purgatoire et de la mort, a vu se réunir les seconds cycles des séminaires de l’ouest pour une session théologique sur un thème tout aussi porteur : la crise.
Départ risqué sous la neige, quelques malades dans le groupe toussent avec une telle ardeur qu’ils pourraient profiter singulièrement du message spirituel de Montligeon. Vous compatissez déjà probablement à notre situation, qui présente des angles morts objectifs, et pourtant, malgré ces préliminaires difficiles, la session, faite de multiples conférences approfondissant la crise, fut une réussite.
Tout d’abord pour “nos tousseux”, qui se sentent moins seuls et rassurés sur leurs états. En effet, nous apprîmes tout d’abord par un brillant biologiste que tout notre corps est constamment en crise et travaille à notre survie ? En effet, bactéries, toxines et virus tentent à chaque instant de mettre le désordre dans nos précieuses cellules. Et ces dernières combattent vaillamment et sans relâche les agents pathogènes. Leur plan de bataille est particulièrement rodé. Nos cellules ont une capacité d’identifier les ennemis, elles sont à l’écoute des crises. Elles communiquent entre elles par l’envoi de protéines qui jouent le rôle de signal d’alarme. Elles s’adaptent, se défendent, se réorganisent, par exemple en produisant des protéines de choc thermique. Elles peuvent réparer l’ADN endommagé. Enfin, et j’en finis avec les cellules, elles sont capables d’apoptose, c’est-à-dire de déclencher leur mort elle-même pour préserver l’organisme, elles désintègrent le noyau et se divisent en corps apoptotique. Signe de la vérité profonde du sacrifice pour la vie. Comme le déclarait Joseph Ratzinger à propos de l’évangile du grain de blé, « C’est une loi déjà dans le domaine cosmique, que la vie ne prend naissance qu’à travers la mort, à travers la perte de soi-même. »
Nous nous enfoncions toujours davantage dans la crise, écoutant le dirigeant d’AXA climate sur la crise climatique & entrepreneuriale, un professeur d’histoire sur la crise moderniste, un philosophe et des théologiens. Pour terminer sur les nombreuses et passionnantes prises de parole, deux évêques ont évoqué la crise dans la vie spirituelle, Mgr Éric Bidot avec la figure de saint François d’Assise, et Mgr Vincent Jordy. La synthèse la plus resserrée de leurs interventions tiendraient en deux affirmations. La crise est une chance et une opportunité, comme disait Churchill, « il ne faut pas gâcher une bonne crise ». La crise vécue dans la fidélité et la souplesse permet la purification et l’identification plus profonde d’avec le Christ, qui est notre finalité.
De nombreux et fraternels temps de rencontres avec les séminaristes de Rennes, Évron et Nantes ont été l’occasion également d’aborder les multiples crises que l’Église rencontre, avec plus ou moins de clairvoyance avouons-le. Ils permirent également des temps de divertissement, qui, espérons-le, n’avaient pas pour vocation à faire oublier la crise dans le jeu et le chant, mais à la traverser ensemble. Enfin, ces quatre jours furent marqués par la prière dans la remarquable basilique de Montligeon, sous le regard de la Vierge Marie, qui nous accueillait tout simplement, en même temps que les personnes qui venaient confier leurs fardeaux, elle qui put traverser dans la foi la grande crise de la Croix.
Par François-Xavier BOULARD, 3e année de Théologie, pour le diocèse de Sens-Auxerre

