Au retour de Pâques, le séminaire Notre-Dame de l’Espérance a intensifié sa réflexion sur le thème de l’année, la fraternité.

En l’espace d’une semaine, les 12 et 19 avril, deux intervenants sont venus ainsi nous faire part de leur réflexion sur ce sujet dans le cadre de nos soirées dites « grand format ». Il s’agit du père Michel Dujarier, prêtre du diocèse de Tours, et du frère André-Pierre Gauthier, frère des écoles chrétiennes et professeur de lettres dans un établissement en région parisienne.

Longtemps missionnaire en Afrique, le père Michel Dujarier a d’abord vécu la fraternité dans le concret de ses missions avant d’entamer un riche travail de recherche patristique sur ce sujet. De ce long travail, deux ouvrages ont déjà paru, un troisième est en cours. C’est vous dire l’intensité de ses recherches. Il s’est mis en tête de lire les Pères de l’Eglise du Ier au VIIIe siècle pour y trouver toutes les références sur la fraternité. C’est le fruit de son travail qu’il est venu nous présenter. Ainsi découvrons-nous que très rapidement, dès les premiers siècles, l’Eglise s’est fait appeler « Fraternité », comme son nom propre. Ce nom désignant de manière excellente les relations entre les membres de la communauté chrétienne, fils d’un même Père par le baptême, mais aussi et surtout entre les chrétiens et le Christ. En effet, le Christ n’est pas seulement reconnu par les Pères comme le « Seigneur », mais il est aussi le « Frère », celui qui s’est fait l’un des nôtres. Ce long exposé du père Dujarier, trop rapidement résumé ici, nous a fait prendre conscience que la fraternité n’est pas d’abord une notion républicaine ou humaine. La fraternité est fondamentalement une notion chrétienne et même théologique dans le sens où elle dit quelque chose de Dieu, la fraternité exemplaire étant d’abord la Trinité elle-même.

Nous n’avons eu qu’une semaine pour digérer cette dense présentation. Sept jours plus tard, c’est le frère André-Pierre Gauthier, des écoles chrétiennes, qui prenait la relève mais pour une présentation plus concrète de la fraternité. Il nous a livré son témoignage de professeur de collège-lycée et comment la spiritualité des écoles chrétiennes le portait pour vivre la fraternité dans le quotidien de sa mission. Il a réussi l’exploit de ne pas utiliser une seule fois le mot de « fraternité » de la soirée, préférant la sous-entendre par son action quotidienne. Comme il nous lui-même exprimé, « il ne faut pas trop utiliser les mots précieux ». À bon entendeur... Il s’est appuyé sur l’expérience même de Saint Jean-Baptiste de La Salle, son fondateur, en insistant sur la relation maître-élève qui serait celle d’un grand frère avec un frère plus jeune. La fraternité se révèle ici dans la transmission du savoir, pas seulement intellectuel, mais aussi du savoir-être et sans doute du savoir-être chrétien. Il a porté ainsi une vision positive et exigeante de l’éducation faite d’un soutien inconditionnel. Je le cite encore : « l’homme fragile est une icône vandalisée ». Comment ne pas entendre derrière, les paroles mêmes du Christ : « chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).

De Michel Dujarier à André-Pierre Gauthier, des Pères de l’Eglise à l’enseignement privé de nos écoles en passant par l’intuition de Jean-Baptiste de La Salle au XVIIe siècle, c’est toute une partie de l’histoire de la fraternité dans l’Eglise que nous avons visité. Histoire que nous devons à notre tour faire nôtre pour inscrire au fronton de nos églises le mot « fraternité ».

Foucauld Pommier - Diocèse de Moulins - 4e année

séminariste en 4e année