Musique et liturgie au séminaire

La liturgie est vitale : elle rythme la vie de la maison, de façon tantôt ternaire (laudes, messe, vêpres), tantôt quaternaire (en y ajoutant les complies). De cette manière, elle est à la fois cadre et fil conducteur de la vie du séminaire, dans son double aspect communautaire et personnel.
La liturgie est fondatrice : elle fonde la vie, à la fois de la communauté et de chacun. Au plan communautaire, elle est lieu de rassemblement et de communion dans la louange à Dieu, et au moyen du chant communautaire favorise l'écoute réciproque. Au plan personnel, elle fonde spirituellement l'appel reçu, et qui est en discernement.
La liturgie est lieu de l'expression de la diversité des services : dans la liturgie, des membres de la communauté remplissent une ou plusieurs fonctions au service de l’ensemble. Cela leur permet, à la fois, de se coordonner et être ainsi coresponsables, et de s'exprimer personnellement, de prendre confiance en eux, de s'épanouir. Dans la liturgie, notre humanité est engagée sur la voie de sa propre croissance et de son déploiement.
La liturgie est éducatrice : nos instrumentistes ne sont pas des spécialistes ; nos chantres ne sont pas des chanteurs professionnels. Toutes les équipes font l'effort de programmer tous leurs membres pour un service. Le résultat comporte des ratés. C'est alors que la liturgie nous apprend la patience et le respect des personnes.

P. Sylva COMPAGNY, Eudiste, Directeur du 2nd cycle


L’importance de la liturgie au séminaire

Dans la formation spirituelle au séminaire, la liturgie prend une place importante : elle est l’un des moyens principaux proposés pour prier en communauté. Elle favorise la communion entre nous, fonde spirituellement dans notre vocation et nous fait entrer dans son intelligence pour la vivre en paroisse. Elle comprend en outre la célébration eucharistique, la liturgie des heures, l’adoration eucharistique du jeudi soir, etc.

Au séminaire, nous apprenons que la liturgie n’est pas un lieu d’expression purement personnelle mais qu’elle nous mène à l’universel. Lorsque nous célébrons, nous nous rendons compte que nous sommes en union avec l’Église toute entière !

Benoit ROLAND-GOSSELIN, 6ème année, Diocèse de Poitiers

célébration liturgique au séminaire

Un vent de réforme liturgique...

Le chant contribue à la beauté des offices et des célébrations du séminaire. Mais cela suppose que chacun prenne une part active à cette dimension de la vie communautaire. Voici le témoignage de Florian, séminariste de 3° année, qui s’est impliqué avec d’autres, en lien et en accord avec le conseil des pères, dans une réforme du chant et de la psalmodie au sein de la communauté du séminaire, en 2018.

Nous avons dû faire face, l'année dernière, à un essoufflement de la communauté au niveau du chant. Le temps de chant communautaire était progressivement déserté. Je fus parmi ceux qui se sont essoufflés. J’ai annoncé au supérieur, comme d'autres avant moi, la décision de ne plus aller à ce chant. Il m'a demandé ce que j'avais à proposer pour m’en ressaisir. De cette question est née une idée de réforme, nourrie par le dialogue avec d‘autres frères. Une petite équipe se forma dans ce but. Nous avons fait le constat que le répertoire était trop vaste pour être maîtrisé et nous manquions d'écoute entre nous, de volonté pour faire mieux et surtout de plaisir à chanter.

Nous avons donc construit un projet afin de relever le défi de nous réinvestir dans le chant. Comment retrouver l’envie de chanter ? Des objectifs ont été définis afin de cibler des moyens à mettre en oeuvre pour la réforme. Nous avons souhaité définir un répertoire moins vaste. Nous avons cherché à redonner une place à la Schola, au chant communautaire, ajuster la psalmodie du matin, car certains tons étaient beaucoup trop haut pour nos voix encore un peu ensommeillées le matin…

Le projet a été présenté à l'ensemble de la communauté et au conseil des pères fin juin 2017. Il a été unanimement soutenu. Le travail de réforme pouvait maintenant commencer. Nous avons donc vu en septembre l'arrivée d'un professionnel de chant et la création d'un groupe de réflexion sur la réforme des psaumes, conduit par le maître de chapelle qui pilote l’ensemble du chant dans la communauté du séminaire. Le travail en polyphonie en classe de chant nous a appris à nous écouter et à mieux chanter ensemble. Beaucoup, dans la communauté, ont pris confiance en eux et connaissent mieux leur voix. La Schola se réunit régulièrement pour préparer les vêpres solennelles du samedi soir. Nous cherchons toujours une meilleure disposition de prière par l'écoute et la délimitation d’un répertoire. Nous prenons aussi plus de plaisir à nous retrouver au chant communautaire par un désir de nous dépasser dans ce domaine.

Florian DEQUET, 3ème année, Diocèse de Tours

Témoignages de séminaristes musiciens

Au séminaire d’Orléans, nous avons la chance d’avoir plusieurs musiciens parmi nous, un vrai moyen pour nous d’embellir la liturgie. Voici quelques témoignages de certains d’entre eux.

Jean-Baptiste GNING, 2ème année, Candidat Lazariste

koraLa Rédaction : Jean-Baptiste, tu es joueur de Kora... peux-tu nous dire ce qu'est ce curieux instrument de musique ?

Jean-Baptiste Gning : La Kora est un instrument de musique à corde d'Afrique occidentale. Elle est traditionnellement utilisée par les griots pour accompagner leurs chants de louange ; chants par lesquels ils rappellent les hauts-faits dans l'histoire. Elle a 21 cordes qui résonnent avec une calebasse enveloppée d'une peau de zébu ou autre. Elle sera normalisée musicalement, techniquement améliorée et introduite en liturgie grâce à l'inculturation heureuse des moines bénédictins de Solesmes venus à Keur Moussa au Sénégal.

SIO : Comment as-tu eu l'idée et l'envie de jouer de ce magnifique instrument ?

JBG : J'ai fait la rencontre de cet instrument au séminaire à Thiès au Sénégal et son son m'a touché. C'est là où j'ai eu l'occasion d'être initié à cet instrument. C'est vraiment une relation affective. Si j'ai toujours aimé la musique, la Kora est venue rencontrer parfaitement ma sensibilité.

SIO : Lorsque tu joues, éprouves-tu des sensations ? Arrives-tu à prier avec ?

JBG : Oui vraiment, c'est ce que j'essayais d'exprimer précédemment. Les vibrations douces et vigoureuses à la fois résonnent profondément en moi, et me mettent dans une disposition de disponibilité, une disponibilité à la rencontre. La Kora n'accapare pas, elle ouvre à autre chose ou à l'Autre. Elle est vraiment au service de la prière ou du texte en impulsant un rythme qui manifeste, met en valeur le sens des paroles ; souci récurrent dans l'écriture des moines. En tout cas, quand je joue, j’espère pouvoir aider les autres à prier. Du moins, je peux témoigner que c'est un instrument largement socialisant ; à chaque fois que j'en joue en public, des gens viennent me remercier et des relations se créent.

SIO : Lorsque tu joues, parfois tu chantes, cela demande beaucoup de technique et de travail ?

JBG : Comme tout instrument, la Kora demande un certain travail mais l'amour aristotélicien du geste compense l'effort. Aussi traditionnellement, la Kora est un instrument de chanteur. Le griot, chante, improvise en s'accompagnant lui-même. Sa rythmique facilite énormément le chant pour celui qui joue. Jouer et chanter en même temps est à ce moment-là même, plus simple que d'accompagner quelqu'un d'autre.

SIO : Si tu devais décrire le son de ta kora, quelle image donnerais-tu ?

JBG : Pas facile de trouver une image spontanément. C'est similaire au son d'une harpe mais en beaucoup mieux !! J'ai déjà rencontré des professionnels qui l'utilisaient en thérapie musicale... En fait, je dirai simplement que la Kora est instrument du coeur.

Benoit TEILLET, 2ème année, Diocèse de Poitiers

Benoit TEILLETA la demande de la rédaction, je viens témoigner de mon parcours musical, qui est sans doute pour quelque chose dans ma vocation ! J'ai d'abord appris le solfège et la trompette à l'orchestre d'harmonie municipal dont j'ai exploré le répertoire éclectique durant vingt ans. Vers quinze ans, j'ai commencé à apprendre l'orgue à tuyaux dans ma paroisse ce qui m'a permis d’être régulièrement présent aux messes et de découvrir la liturgie. J'ai alors contribué à intégrer les nouveaux répertoires plus jeunes en accompagnant au piano-synthétiseur. En parallèle, je suis devenu répétiteur et chef du choeur paroissial. Pendant quinze ans aussi, j'ai fait partie d'un choeur amateur de polyphonies sacrées et de chant grégorien, ce qui a vraiment nourri ma recherche artistique et spirituelle. Puis les soirées spectacles de la paroisse m'ont amené à coordonner la chorale, créer l'orchestre variétés qui est devenu ensuite un groupe de reprise de Blues-Rock. Nouvelle aventure de six ans dans le monde des bars à concerts, festivals, soirées caritatives et privées ! Puis à vingt-neuf ans, je me suis recentré sur mes activités vocales exclusivement. En prenant des cours durant cinq ans, j’ai découvert le répertoire lyrique notamment d'oratorios, avec des concerts semi-professionnels.

Ce bagage, certes très amateur, me permet aujourd'hui de rendre divers services à la communauté : orgue liturgique, piano, répétiteur, chanteur à la schola. Plaisirs bien partagés… pour la Gloire de Dieu bien sûr ! Deo gratias !

Dylan LEFEVRE, 1ère année, Diocèse de Bourges

Cette année j'ai eu l'occasion de m'inscrire au cours d'orgue avec Monsieur Olivier Salandini, organiste titulaire de la cathédrale de Bourges. Avant de rentrer au séminaire j'avais eu la joie de commencer des cours de piano. Par la suite, j'ai souhaité découvrir ce magnifique instrument qu'est l'orgue. De plus, cela permet d'aider la communauté à prier.

Nous avons commencé notre premier cours par de la théorie - c'est-à-dire du solfège - afin de connaître notre niveau et par la suite d’acquérir les bases nécessaires à la pratique de cet instrument. Le professeur a su partager son expérience et ses compétences afin de nous aider à progresser. En ce moment nous travaillons sur un morceau qui s'appelle la « Cantate Bwv 147 » : plus connue sous le nom de « Jésus que ma joie demeure » de Jean-Sébastien Bach. C'est une très belle expérience que je vis en ce moment et je suis heureux d'avoir ce cours qui permet une expression personnelle au sein de la communauté.

A la rencontre de notre prof’ de chant !

Parmi les nouveautés de l'année 2018, nous pouvons citer notre nouveau professeur de chant, qui nous apprend à poser notre voix pour les débutants, à nous perfectionner pour les plus à l’aise.

Arnaud Riffet est notre professeur de chant au séminaire depuis septembre 2017. Suite à la réforme globale engagée depuis l’an dernier, les pères nous offrent avec lui une nouvelle manière de s’approprier la musique pour mieux investir nos liturgies.

Arnaud RiffetCet incroyable professeur s’est mis à la musique assez tardivement pour un professionnel. En échec scolaire, c’est la musique qui l’a sorti de sa souffrance au moment de l’adolescence, alors qu’il avait 17ans. « Comme j’ai trouvé quelque chose de passionnant, je me suis investi à 1000% dans la musique. » Et notre jeune étudiant passe alors huit à dix heures par jour dans cet univers. Les efforts sont vite récompensés avec un Premier prix d’orgue au conservatoire d’Orléans au bout de trois ans et demi de pratique. Puis il devient organiste à la cathédrale quelques mois plus tard. Simultanément, il sillonne les routes pour se produire en concerts en France et à l’étranger, jusqu’en Nouvelle Calédonie.

De dix-sept à quarante ans, il ne cessera pas d’étudier la musique : piano, puis chant, puis direction de choeur, et tant d’autres domaines… A son actif, il a quatre premiers prix d’orgue à divers niveaux : départemental, régional, national, et en musique ancienne.

Durant ses études supérieures, il se spécialise en piano, mais il n’en reste pas là… ! En quinze ans de chant lyrique entre Orléans et Bourges, il obtient un 1er prix de chant à Bourges. Puis il étudie la musique ancienne sur Paris, ainsi que l’écriture, l’histoire de la musique pour obtenir ses diplômes à Créteil, avant de devenir directeur d’une école de musique pendant 12 ans. Bref, pour nous, il enseigne la musique depuis 22 ans à tous publics, et fait particulièrement de la direction de choeur depuis 1996. C’est sans doute cet impressionnant Curriculum Vitæ qui a donné l’idée au père Karl-Aymeric de Christen, notre vice-recteur, de l’embaucher pour faire de nous de bons chanteurs ! Il faut dire qu’ils se connaissaient déjà depuis des camps de jeunes.

Notre brillant professeur nous témoigne de sa joie de diriger le choeur que nous formons « il y a un enthousiasme que je sens grandissant chez les séminaristes ! » Avec la présence des pères, une émulation se créé, et nous vivons ensemble un moment convivial. M. Riffet me redit l’importance de la musique sacrée dans la liturgie. « La musique m’a permis de rencontrer Dieu, elle m’a mis en harmonie avec la vie. »

Travailler avec les séminaristes ? En fait, pour lui, le chant est vécu d’une autre façon, même si sur la manière de gérer rien ne change. Il ressent de notre part une implication, de la motivation et une mise en oeuvre très fortes. « Il y a ici des très belles voix, beaucoup de sensibilité… et c’est peut-être ça qui change la qualité des voix. » Depuis quelques mois, chacun trouve sa place. Chacun évolue individuellement grâce à l’apport collectif. Là où certains pouvaient être en difficulté, il y a des progrès très importants. L’implication est alors plus importante et augmente la qualité du chant. « On passe un moment sacré, et un sacré moment pour reprendre ce que disait Rossini. »

Au final, « On peut espérer que le chant prenne plus de place dans la vie du séminariste » me confie-t-il. « Ce sont des moments de partage… la musique est une forme de prière intense qui fait du bien, elle se partage, elle se vit, elle s’entend… » Son enthousiasme et son dynamisme sont tellement communicatifs que je ne peux qu’approuver ce point de vue !

Propos rcueillis par notre reporter de SIO news


cours de chant au séminaire