Savoir prêcher

prêtre prêchant

L’art de prêcher, c’est servir la Parole de Dieu en la proclamant librement au milieu du monde comme une parole qui libère, qui recrée et qui sauve.

Comme tout art, cela s’apprend, peut-être au contact d’un prédicateur chevronné… certainement par des exercices au séminaire. Mais bien plus profondément, l’art de la prédication suppose d’avoir soi-même longuement écouté, médité et spirituellement « digéré » la Parole de Dieu, pour être en mesure, ensuite, de la laisser passer à travers soi et d’en faire le don aux hommes.

En ce sens, une homélie n’est pas d’abord de l’ordre d’un ‘savoir’ ou d’une explication de texte. Ce n’est pas non plus ‘dire ce que l’on pense’. C’est plutôt comme une expérience spirituelle : on a vécu quelque chose, comme les Apôtres, comme saint Paul qui est saisi tout à coup sur son chemin de vie (Ac 9, 1-19), et l’on a ensuite envie de le transmettre. J’ai le désir que les chrétiens auxquels je suis envoyé puissent eux aussi entrer dans ce mystère du Christ que j’ai découvert.

Mais pour que, de quelque manière, chacun d’eux puisse se sentir interpellé par ce que je dis et réagir au fond de sa conscience, il me faut avoir pris le temps de les écouter longuement. Car derrière chaque visage de l’assemblée – connu ou inconnu – se cachent des joies et des souffrances, parfois des angoisses que l’on peut deviner, et toujours cette aspiration au salut que donne le Christ.

Face à cette attente, la force de notre prédication est finalement celle d’un témoignage. C’est la parole d’un homme qui livre sa vie pour le Christ et dont le fruit appartient à Celui qui peut – s’il le veut – mettre sa parole dans notre bouche « comme un feu »… (Si 48, 1)

Savoir prêcher est un don, une grâce, et saint Augustin respectait toujours beaucoup les simples curés qui avaient besoin d’un livre pour préparer leur sermon. Il disait : ce qui est important, ce n’est pas l’originalité, mais l’humble service. Si le livre d’un autre est utile pour annoncer aux hommes la parole, c’est bien ainsi. Nous serons bien sûr reconnaissants si Dieu suscite de grands prédicateurs, mais nous devrions aussi apprendre à écouter humblement un prédicateur moins brillant.
Le curé d’une grande ville allemande m’a raconté qu’il a eu la vocation par un prêtre à qui tous les dons extérieurs faisaient défaut. Il fut un piètre prédicateur, chantait mal, etc., et pourtant sous lui la paroisse a refleuri. De cette paroisse sont finalement sorties quatre ou cinq vocations sacerdotales, ce qui n’était arrivé ni sous ses prédécesseurs ni sous ses successeurs, qui furent pourtant plus capables que lui. On voit par là que l’humble témoignage de quelqu’un peu doué pour la parole peut devenir en tant que tel une prédication et qu’il nous faut remercier Dieu pour la diversité de ses dons.

Cardinal Ratzinger
"Voici quel est notre Dieu. Croire et vivre aujourd'hui."
Conversation avec Peter Seewald. Plon-Mame, p. 302