Former un cœur de pasteur

Je vous donnerai des pasteurs selon mon cœur. (Jr 3,15)

Sacré-Coeur dans les mains de St Jean-Eudes

Les jeunes qui se présentent au séminaire arrivent souvent avec beaucoup de générosité, de disponibilité, de volonté de servir… et tout l’élan joyeux d’un cœur qui se donne au Christ. Mais pour que ces jeunes deviennent prêtres, il faut que se forge en eux « un cœur de pasteur », qu’ils s’imprègnent de « charité pastorale » : voilà l’essentiel de ce qui se passe pendant les années de séminaire.

Permettre que se forge un cœur de pasteur, cela prend du temps. Il faut avancer patiemment, se laisser modeler, façonner par le Seigneur. Dans la vie spirituelle, le temps fait beaucoup de choses… C’est justement ainsi que le vin se bonifie !

Un cœur de pasteur ? C’est d’abord un cœur ouvert à Dieu, disponible intérieurement pour la mission. Car Dieu se prépare des pasteurs pour son projet à lui. Au long des années, les séminaristes sont appelés à grandir dans cette disponibilité intérieure. Comment ? En entrant dans le mystère de l’Eglise, c’est-à-dire dans l’amour de l’Eglise telle qu’elle est aujourd’hui. En entrant aussi dans l’obéissance, ce qui signifie : « Je ne fais pas mon projet, mais j’entre dans un projet qui me dépasse et qui est celui du Christ. »

Un cœur de pasteur, c’est aussi comprendre ce que Dieu veut faire dans la rencontre avec l’autre, poser un regard de foi sur les personnes et sur les événements. Car c’est Dieu qui a l’initiative, c’est lui qui agit. Cette reconnaissance du primat de la grâce, du don de Dieu, sauve de la tentation de l’activisme, de croire que « par mon action, je fais tout  ». Est-ce que je vais laisser passer le Christ à travers moi ou bien est-ce moi qui vais être « le sauveur » ?

Un cœur de pasteur, c’est surtout un cœur qui se laisse conformer au cœur de Jésus, le Bon Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis (Jn 10, 11). Dans ce choix fondamental, celui de « donner sa vie pour le troupeau », se trouve la source unificatrice, la force intérieure et l’identité profonde de toute la vie des prêtres diocésains. C’est le lieu même de leur sainteté et le plus bel accomplissement de leur sacerdoce, comme Jésus le dit lui-même : « Il n’y a pas de plus grand amour que de se dessaisir de sa vie pour ses amis. » (Jn 15,13).


Pastores dabo vobis (…) montre admirablement que la charité pastorale, « participation à la charité pastorale du Christ Jésus », est « le principe intérieur, la vertu qui anime et guide la vie spirituelle du prêtre, en tant que configuré au Christ Tête et Pasteur » (n° 23). La charité pastorale, lisons-nous dans ce texte, « constitue le principe intérieur et dynamique capable d’unifier les diverses et multiples activités du prêtre. Grâce à elle, peut se réaliser l’exigence essentielle et permanente d’unité entre la vie intérieure et de nombreux actes et responsabilités du ministère… Or cette exigence est plus que jamais impérieuse dans un contexte socioculturel et ecclésial fortement marqué par la complexité, la fragmentation, la dispersion. C’est seulement en rapportant chaque instant et chaque geste au choix fondamental, celui de « donner sa vie pour le troupeau », que l’on peut assurer cette unité vitale, indispensable, pour l’harmonie et l’équilibre de la vie spirituelle du prêtre ». Cette perspective, fondamentale pour la vie des prêtres, devra l’être aussi pour leur formation.

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