Une année de mise à niveau intellectuel et de discernement spirituel

« Oui, même sans le bac, on peut devenir prêtre ! », c’est la conviction qui fonde la Communauté Notre-Dame-du-Chemin. Elle permet à des jeunes n’ayant pas fait d’études secondaires, de parvenir à la prêtrise. Car si les études sont importantes, devenir prêtre n’est pas d’abord une question d’études mais d’attachement au Christ.

Institution unique en France, née de la volonté des Evêques de France, la Communauté Notre-Dame du Chemin rassemble durant une année des jeunes d’horizons divers (mécanicien, pompier, peintre, tailleur de pierre, cuisinier…) pour une remise à niveau intellectuelle en vue de rejoindre une première année de séminaire. En même temps elle aide à discerner s’il y a pour chaque jeune, un possible appel et les qualités requises pour commencer ce cheminement vers le ministère de prêtre.


Tout en prenant en compte l’expérience de ces jeunes, l’accent est mis sur :

  • Les études : Il n’est pas facile pour eux de s’y mettre. Mais les professeurs, tous bénévoles, sont heureux de les accompagner. Ils mettent un soin particulier à adapter leurs cours au niveau d’études et de connaissance des jeunes. Un tutorat rapproché est souvent nécessaire. Le petit nombre des candidats et la disponibilité des professeurs permettent un accompagnement personnalisé. L’exemple de laïcs donnant gratuitement leur temps pour leur formation est un enrichissement pour les jeunes.
  • L’accompagnement spirituel permet au jeune de relire sa vie et d’y discerner la présence et l’action de Dieu.
  • La vie de communauté : c’est une découverte à mettre en place et à vivre entre eux comme avec la communauté du séminaire. Les équipes de vie auxquelles ils participent les aident ainsi que les services indispensables à toute vie ensemble.
  • Les activités apostoliques permettent de révéler et de faire grandir leurs capacités relationnelles et leur désir de mission. Elles sont de toute sorte : aumônerie de lycée ou collège, catéchèse, visites aux malades, participation à l’accueil des familles de prisonniers ou des personnes en situation de précarité. Des responsables laïcs les accompagnent.

Ces jeunes auront peut-être un parcours intellectuel moins poussé, mais ils auront une maturité humaine certaine, une spiritualité ancrée dans le concret de la vie avec un désir fort de servir. Une telle institution ne peut être que bénéfique à l’Eglise. Ils porteront, nous l’espérons, la « joie de l’Evangile » à des milieux parfois un peu délaissés. En tout cas les professeurs et éducateurs de la CNDC sont persuadés que ces jeunes peuvent être de vrais témoins de l’Evangile aujourd’hui.

Une année de discernement spirituel

Souvent habités par une question parfois encore vague, les membres de la Communauté Notre-Dame-du-Chemin cherchent encore leur voie : vie religieuse, vie diocésaine, vie missionnaire… La Communauté Notre-Dame-du-Chemin laisse grande ouverte la porte, dans les deux sens !

L’approfondissement du discernement constitue donc une perspective essentielle de la formation offerte pendant cette année.

Certes la découverte d’une dimension intellectuelle nouvelle, l’acquisition de moyens d’expression et le développement d’une pensée plus structurée participent à ce discernement.

Mais encore, la formation humaine que permet une vie communautaire intense aide à avancer.

L’entrée dans une vie de prière régulière avec les séminaristes de la Maison Saint-Aignan soutenue par une initiation spirituelle et théologique permet encore de mieux se situer devant Dieu et dans l’Eglise.

Dans cet objectif, chaque membre de la communauté Notre-Dame-du-Chemin est aussi envoyé dans différentes activités apostoliques : aumôneries de jeunes, présence en maison de retraite, en hôpital et même en prison…

Ces activités permettent d’appréhender et de découvrir sur le terrain ce que sera la mission du prêtre diocésain. Elles permettent encore, d’une manière efficace, une découverte de soi par la façon de réagir, de comprendre ou non, et par la rencontre d’autres façons de travailler. Elles sont aussi un excellent moyen d’évaluer, dès aujourd’hui, la capacité à prendre et à tenir un engagement dans la durée. Chaque trimestre, une relecture de ces activités est faite en commun avec les premières années du Séminaire Saint-Aignan. C’est un moment privilégié d’échange et de confrontation des idées et des expériences personnelles qui permet d’amorcer un chemin de discernement.

Tous ces aspects ne prennent sens, peu à peu, au fil de l’année, que grâce à un accompagnement spirituel suivi. Chaque membre de la Communauté Notre-Dame-du-Chemin choisit avec confiance et librement son père spirituel parmi les pères responsables de la formation : il recourt fréquemment à ses conseils, peut demander à recevoir le sacrement de la réconciliation, et ainsi être aidé à discerner les appels de Dieu dans sa vie.

Ainsi prend-on peu à peu conscience, à travers toutes les dimensions de la vie, de la nécessité de « se construire intérieurement » pour faire la lumière sur son désir de devenir prêtre et sur son attachement au Christ.

Une année propédeutique ?

Au sens premier – étymologique – du terme, est qualifié de pro-pédeutique ce qui précède l’enseignement, la formation. En ce sens-là, les séminaires d’aînés ont joué cette fonction « propédeute » depuis longtemps, d’une autre manière que les années propédeutiques ouvertes au cours de ces dernières années, en différents lieux. D’ailleurs, si tous ceux qui entrent à la CNDC sont loin de la sphère des études, ils sont aussi, pour certains, bien loin des sentiers habituels de l’Eglise et de la vie chrétienne, ou seulement en contact personnel avec tel prêtre, religieux ou religieuse, ou encore tel laïc engagé dans la vie paroissiale. La tâche qui incombe aux formateurs est alors à la fois de permettre une remise à niveau intellectuelle et de poser ou de repréciser clairement quelques grands éléments fondamentaux de la vie chrétienne. La complémentarité de ces deux aspects est passionnante : remettre en route sur un chemin favorisant une plus grande croissance en humanité (en développant des aspects nouveaux de la personne, dont la dimension intellectuelle), mais aussi accompagner un approfondissement personnel et communautaire de la vie de foi, de la question d’un appel fort du Christ et de l’Eglise… et tout simplement d’une vie chrétienne.

Un vrai travail pro-pédeutique s’effectue tout au long de cette année : il s’agit bien d’amener le candidat à se préparer à entrer dans une formation qui n’est pas seulement intellectuelle mais aussi spirituelle, humaine et pastorale, en l’aidant à une certaine appropriation de sa vie. Or celle-ci n’a pas connu la sérénité des campus étudiants ou le confort des grandes écoles. Souvent, elle a été confrontée, très jeune, à une nécessaire maturation rapide face aux exigences de la vie et de la mobilité professionnelles, de la recherche de travail ou des écueils du chômage ou des petits boulots. En conséquence, la plupart du temps, cette maturation ne s’est pas faite très explicitement. Il faut alors apprendre peu à peu les mots pour dire les choses importantes. Ainsi, dès les débuts, les échanges et les réflexions entre membres de la CNDC et avec leurs formateurs aident à relire progressivement son existence. Les professeurs suscitent, à travers des exercices de grammaire, d’orthographe ou de lecture, des possibilités nouvelles d’écrire et de s’exprimer de manière plus précise et plus claire. Le travail de la pensée, à travers par exemple l’initiation à la philosophie, constitue aussi un travail d’avènement du sujet (comme diraient les philosophes !...). Plus simplement, l’acquisition ou la formulation de concepts aide à cette liberté intérieure qui permet d’appréhender plus aisément la complexité du réel.

Comme dans toute propédeutique, le candidat est aidé à prendre conscience de la nécessité de se construire intérieurement afin de faire la lumière sur son désir de devenir prêtre, plus profondément sur son attachement au Christ. Par rapport à d’autres propédeutiques, CNDC a sans doute comme coloration particulière d’avoir à faire découvrir que travailler sur la dimension intellectuelle n’est pas sans conséquence sur cette construction de la personne.

Ce travail intérieur par l’entrée dans une vie intellectuelle nouvelle se consolide aussi du fait de la présence de la Communauté Notre-Dame du Chemin au sein du Séminaire Interdiocésain. Cette présence permet la confrontation – heureuse – à d’autres qui, comme eux, ont entendu fortement l’appel du Seigneur et les précèdent sur le chemin de la formation, avec des engagements définitifs (diaconat) pour certains d’entre eux. Cela garantit une grande ouverture sur la vie de l’Eglise à travers la diversité des parcours qu'il leur est offert de découvrir et une première approche très concrète de ce qui est en jeu dans le chemin à parcourir quand on veut répondre à un appel. L’hypothèse d’entrer en 1er cycle pour commencer véritablement la formation demandée par l’Eglise pour devenir prêtre prend alors des contours très réels. Il ne reste alors plus qu’à se décider !

Le projet de la Communauté Notre-Dame du Chemin – qui s’inscrit dans la suite du Séminaire d’aînés de Vienne - d’accueillir des jeunes et moins jeunes, français ou étrangers, demeure bien une année de discernement et de mise à niveau intellectuel et ne se confond pas avec d’autres formules mises en œuvre avant l’entrée au « grand séminaire ». Cette situation – qui prend chaque année au séminaire une physionomie différente – conduit à mettre en œuvre une pédagogie plus large que la simple mise à niveau en français et l’apprentissage de méthodes. Elle passe par la mise en place de fondations humaines et chrétiennes nécessaires pour faciliter le discernement et préparer à une éventuelle entrée dans un cycle de formation vers le ministère presbytéral. En ce sens, l’ex-« séminaire d’aînés » à Orléans participe aussi à l’effort mené de manières différentes ces dernières années en France de « préparation propédeutique  » à l’entrée au séminaire.