Session de théologie inter-séminaires 2020 à Montligeon

Élaboration et fil conducteur

« Cléricalisme, tension entre prêtres et laïcs, joie de l’Évangile portée ensemble par des disciples-missionnaires, synodalité, nouvelle évangélisation, printemps de l’Église, temps de l’Exode ou des semailles », voilà autant d’expressions qui ont fait naître la nécessité de traiter le sujet : « Prêtres & Laïcs – un seul Corps, une seule mission ».

Pour commencer nous nous sommes mis à l’écoute des abonnés de Prions en Église. Mme Karem Bustica, la rédactrice en chef, s’est fait l’écho des attentes et des questionnements exprimés par les lecteurs. S’il est important d’entendre ces propos contemporains, il l’est aussi de reconnaître que cette question n’est pas neuve. Elle appartient à la nature de l’Église en tant que communauté missionnaire. C’est ce qu’a démontré le père Lesoing en faisant deux sondages : l’un au XIVe siècle et l’autre au XVIIe. Nous sommes revenus ensuite dans l’actualité pour voir comment la mission était partagée entre prêtres et laïcs au sein du groupe Bayard-Presse, porté par la famille de l’Assomption. Pour terminer ce round d’observation, c’est Mgr Jacques Habert, évêque de Séez (61), qui a comparé sa double expérience de curé de Charenton (94) et d’évêque d’un diocèse rural.

Afin d’aider à prendre de la hauteur, le père Yves-Marie Blanchard a exploré les sources de la vie de l’Église au travers des écrits de saint Paul. Il a ausculté dans les textes du Nouveau Testament la condition d’Apôtre et comment des collaborations diversifiées se mettaient peu à peu en place. Il a relevé que dès cette époque apostolique la place des femmes est mentionnée.

Toujours pour conférer la bonne épaisseur à la thématique, un arrêt en théologie s’imposait. Le père Christian Delarbre, actuel recteur de l’Institut Catholique de Toulouse et auparavant vicaire général du diocèse d’Auch, a planté les enjeux de la synodalité et de la collaboration en faveur de la mission. C’est ce qui a permis de mettre en évidence la nécessité de bâtir et d’entretenir la communion qui par nature est tension et complémentarité. Pour assumer ce dualisme, l’ecclésiologue a proposé de prendre soin de la fraternité à la fois entre prêtres, mais aussi entre tous les baptisés, tous des fidèles du Christ.

Pour revenir peu à peu à la mise en pratique et ne pas constituer un groupuscule de ceux qui sauraient dire « quoi faire » sans savoir « comment faire », Laurent Landete a présenté son expérience à la fois comme ancien modérateur de la communauté de l’Emmanuel et comme consulteur au Conseil Pontifical pour les laïcs. Il a donné à voir la complémentarité des vocations toutes au service de la mission par une entraide mutuelle dans la croissance à la sainteté.

Mgr Jean-Luc Bouilleret, archevêque de Besançon, a assuré l’atterrissage et l’envoi en mission. Il a présenté la dynamique vécue lors du synode de son diocèse et la figure des coordinateurs (des laïcs qui sont en mission en binôme avec des prêtres qui sont curés de paroisse afin d’œuvrer ensemble à l’évangélisation).

C’est avec cet accord final que le travail de réflexion s’est suspendu. Il faut maintenant le poursuivre et le déployer dans le quotidien des communautés chrétiennes qui ont à grandir en unité pour assumer et accomplir leur vocation d’être évangélisatrices.

Père Laurent Tournier

Séminaristes durant une session

Retour d'un participant

Nous pouvons le dire, les rentrées de janvier sont souvent un peu « déprimantes ». Les fêtes sont passées, nous ne nous sommes pas vraiment reposés, l’estomac est encore engourdi par les repas gargantuesques préparés par nos mamans. Ajoutez à cela un temps pluvieux et fortement brumeux, vous obtenez un cocktail assez détonnant et surtout pas très motivant pour se remettre au travail.

C’est pourtant dans ce contexte que nous nous sommes rendus, nous séminaristes du second cycle et diacres, du 8 au 11 janvier dernier, au sanctuaire Notre-Dame de Montligeon, haut-lieu de prière pour les âmes du purgatoire. Et de fait, nous avons cru un instant y être arrivé… au purgatoire ! Des conditions matérielles précaires, un temps digne de notre belle Normandie (c’est-à-dire du brouillard et de la pluie), la nuit qui tombe à 17h, les conditions étaient présentes pour passer trois jours très compliqués. Pourtant, en passant outre les conditions d’accueil, nous pouvons dire, au final, que nous avons passé trois journées enrichissantes d’un point de vue pastoral et fraternel.

C’est madame Karem Bustica, rédactrice en chef de « Prions en Église », qui a mené les échanges de cette session inter-séminaire qui avait pour titre « Prêtres & laïcs, un seul Corps, une seule mission ». La collaboration entre les prêtres et les laïcs est pourtant une évidence ? Eh bien, pas forcément ! En abordant le sujet sur différents axes : biblique, théologique, expérimental, avec des spécialistes de la question, nous avons constaté qu’en théorie il s’agissait d’un appel très fort et que nous en étions globalement conscients, mais qu’en pratique, ce n’était pas si simple ! L’articulation sacerdoce commun et sacerdoce ministériel n’est pas si facile, et c’est pourquoi y réfléchir entre nous était important. Les enseignements étaient de qualité, mais ce sont surtout les échanges avec les autres séminaristes qui m’ont déplacé, questionné. Nous avons échangé sur nos expériences et je crois que cela nous a tous fait grandir pastoralement.

Mais cette session a aussi et surtout été un beau temps fraternel. Elle était en effet commune avec nos frères diacres et séminaristes du second cycle des séminaires de Rennes et Nantes, ainsi que les séminaristes du second cycle de la Communauté Saint Martin. Nous avons pu revoir nos frères « promotionnels », c’est-à-dire entrés au séminaire la même année que nous et que nous suivons depuis plusieurs années, et nous en avons découvert d’autres. Ces sessions inter-séminaires sont des lieux assez géniaux pour faire grandir la fraternité entre nous. Tout était occasion de discussion : les pauses, les repas, les temps d’échange, les soirées détente que nous avons eus… Prier ensemble est plus que bénéfique, mais la parole gratuite, le rire, font aussi beaucoup de bien. Évidemment, réfléchir ensemble sur une question éminemment d’actualité est une très bonne chose, mais je retiendrais plus volontiers cette dimension fraternelle, car elle fait grandir en nous notre humanité. Dans cette époque marquée par les scandales et les discussions autour du sacerdoce ministériel, il est important pour nous, futurs prêtres, d’avoir des lieux de ce type pour notre équilibre de vie.

Nous sommes arrivés à cette session dans le brouillard, nous sommes repartis sous un grand soleil. C’est un peu ce qui s’est passé dans ma tête : je suis arrivé un peu groggy à cause des fêtes et pas très motivé, dans le brouillard et je suis reparti dans la joie d’avoir vécu cette belle session théologique et fraternelle ! Deo gratias !

Emmanuel Renault

Sanctuaire Notre-Dame de Montligeon