Des côtes du Pacifique aux rives de la Loire

Après un long voyage de près de 22 000 km, avec environ 12h de décalage horaire, j’arrive enfin en France avec mes confrères. Nous sommes donc six tahitiens, cinq séminaristes, dont un prêtre, le Père Vetea Bessert qui nous accompagne pour notre formation au Séminaire Notre Dame de l’Espérance. J’ai donc quitté mon Fenua (terre natale), pour poursuivre cette grande aventure qu’est la formation au sacerdoce ministériel. Quelques mois auparavant, j’avais reçu de notre archevêque, Mgr Jean Pierre Cottanceau, la confirmation de notre départ. Dans la foulée, les vacances d’été qui ont suivi, ont été pour moi l’occasion de préparer ce départ, avec ma famille, ma paroisse et mes amis. J’éprouvais beaucoup de joie à l’idée de partir, de m’ouvrir à d’autres choses, de « prendre ma croix » et de suivre le Christ. Mais il faut avouer que c’est très exigeant. Et on sait combien cela peut être difficile pour un polynésien de quitter sa terre natale, et surtout sa famille. Suivre Jésus, c’est accepter de sortir de sa zone de confort, de ses attaches et de son quotidien. C’est se familiariser avec des situations toujours nouvelles qui nous adviennent et qui peuvent perturber nos « petites tranquillités ». Cependant, ce n’est pas comme si c’était un voyage sans retour, il y a tout de même en vue la perspective d’exercer le ministère à Tahiti.

Mon installation au séminaire d’Orléans fut rapide et sans grande difficulté. Il faut dire aussi que nous avons été très bien accueillis par notre recteur le P. Laurent Tournier (sjm) qui est venu nous chercher à Paris. Je voudrais remercier au passage le P. Christian Flottes (ss.cc), supérieur provincial de la maison Picpus dans le 12e arrondissement de Paris, ainsi que la communauté des pères qui nous ont chaleureusement accueillis et hébergés à notre arrivé à Orly.

Je découvre donc notre nouvelle communauté de vie du séminaire. Nous pouvons dire que nous arrivons de tous les horizons. On compte des frères séminaristes qui viennent des 4 coins de l’Hexagone, ceux qui viennent d’Inde, d’Afrique centrale, d’Amérique avec Haïti, de l’île Maurice, des Seychelles, et enfin des « îles lointaines » de Polynésie française. Voilà une communauté qui est bien diversifiée autant chez les séminaristes que chez les pères. Je trouve que cette richesse culturelle est une chance d’une part, car elle permet d’élargir notre connaissance les uns des autres. D’autre part, elle nous responsabilise au niveau communautaire. Nous sommes appelés à former un seul corps uni dans sa diversité.

seminaristes de Tahiti jouant de la musique

La conjugaison de tous nos talents donne un cocktail assez étonnant et beau que nous apprenons à gérer au fur et à mesure des mois qui passent. Pour ne citer qu’un seul exemple, l’animation liturgique de nos messes : nous avons des musiciens qui viennent des 4 coins du monde ! Nous jouons plusieurs instruments de musiques parmi lesquels nous avons l’orgue, la guitare, le cajon et encore bien d’autres instruments !

En cette année consacrée à la mission extraordinaire de l’Église, je trouve important de donner de ma personne dans toutes les activités pastorales qui me sont proposées. Étant actuellement en insertion pastorale à la paroisse St Maurice de Tours, je découvre la joie du service, dans de nouvelles réalités pastorales qui ne sont pas les mêmes que dans les îles. Je participe à l’aumônerie étudiante, au service de la liturgie à la cathédrale, et dans d’autres églises du centre-ville. J’accompagne également mon curé d’insertion dans beaucoup de ses activités : réunion de doyenné, visite et formation des scouts, formations et réunions en tout genre.

Un séminariste a une formation très riche. Il cultive sa vie spirituelle, intellectuelle et il approfondit sa vie communautaire. De tout cela, il apprend déjà à donner ce qu’il a reçu. Parfois ses formateurs le reprennent, le corrigent sur sa manière de donner et sur le contenu de ce qu’il donne. Cela fait partie du jeu de la formation. Peu à peu, il apprend à se configurer au Christ, dans le don total de sa personne pour Dieu et pour l’Église. Car dans le fond, « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 21,35).

Tareva Taiti

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