Le parcours d’un séminariste n’est pas toujours linéaire. Certains d’entre nous peuvent vivre des expériences de stage au cours de ses années de séminaire.

C’est le cas de Franck, qui a vécu une année en immersion avec l’association Le Rocher. Voici son témoignage.

Bonjour à tous, je suis heureux de vous partager mon expérience au sein du Rocher.

Le Rocher c’est avant tout « osez la rencontre, choisir l’espérance », le but étant de créer ou recréer du lien social dans les banlieues françaises par l’organisation d’activités concrètes à visée éducative et sociale.

Dans cette association, nous sommes vraiment dans la rencontre, d’où le fait d’habiter dans la cité. Le quotidien est très riche en rencontres car nous sommes "Rocher" tout le temps. Même dans l’ascenseur la rencontre se fait avec les habitants.

Intégrer le Rocher veut dire être chrétien en cité, c’est-à-dire vivre la grâce et l’amour du Christ dans la cité, pas juste en théorie mais en pratique.

Mon année au Rocher m’a fait me décentrer de moi et accepter de faire confiance. Plus le temps passait, plus je voyais le Rocher comme une famille formatrice qui fait progresser. J’ai découvert tellement de choses sur le don gratuit aux autres et l’accueil inconditionnel.

Aujourd’hui je peux dire à quel point cette mission a été dense, intense et difficile, mais aussi à quel point elle a été prenante, intéressante, enrichissante et fructueuse.

Le Rocher

Le Rocher oasis des cités, est réellement un havre de paix dans un monde de tensions et de violence. Dans ce lieu, tout le monde est différent. Lorsque l’on arrive pour la première fois dans la cité on se retrouve plongé dans un univers différent de celui que l’on voit à la télé. Avec le temps on découvre la cité de l’intérieur. Cette façon de vivre nous emmène vraiment sur le terrain de la rencontre, pas seulement dans les activités mais aussi et surtout dans les rencontres informelles. Ces rencontres se font à tout moment, en sortant de l’ascenseur, dans la rue, en allant faire ses courses, en rentrant de l’aide aux devoirs etc….

Plus le temps passait et plus j’étais ravi d’être là avec ces personnes, qui m’ont poussé à briser ma carapace et à me laisser conduire par Dieu, représentant de l’Amour et de la compassion. Au rocher on est parfois sous pression, parfois énervé, parfois en colère, parfois triste mais on ressent, je ressens que Dieu est là, qu’il est présent et qu’il nous porte dans ces bras aimants.

Ce don de service gratuit rendu aux autres est exactement le chemin vers lequel m’appelle Dieu dans le ministère : être un prêtre et au service des autres, se reconnaitre comme un pauvre type, un tout petit appelé par le Christ avec ce qu’il est et qui se laisse transcender par lui.

Dans ce monde sous tension qui peut faire peur, se trouve une grâce qui ne demande qu’à immerger une paix enfouie sous le bitume et le béton, une chaleur humaine qui ne demande qu’à être partagée. Les jeunes, grands jeunes et plus petits, sont en grave manque d’affection, ils jouent aux durs mais en réalité ne sont que des gosses qui ne demandent qu’à être aimés. Les familles ne demandent qu’à partager leur vie, leur quotidien, parfois juste à avoir une oreille attentive.

Une partie de moi restera marquée par cette année. En arrivant ici, je pensais juste effectuer un service civique, j’ai découvert tellement plus.

J’ai pu, dans la cité, ouvrir des portes et bâtir des ponts. Durant cette année, j’ai pu créer un lien avec les grands jeunes, avec les familles.

La prière du matin me permettait de remettre ma journée entre les mains de Dieu. La prière du soir de lui confier ma journée et les gens rencontrés.

Ci-dessous quelques exemples :

  • Dans l’une des familles que j’ai accompagnées, le père était décédé l’année d’avant. La mère n’arrivait pas à mettre en place son autorité et les jeunes étaient pratiquement livrés à eux-mêmes. Le plus grand étant tout de même un peu plus obéissant mais sans autorité sur des petits frères. Le plus petit arrivé en début d’année au Rocher n’écoutait rien. Il a fallu du temps et j’ai eu l’idée de faire une visite chez lui pour qu’il n’ait pas que l’image du gars Rocher de l’aide aux devoirs. Je lui ai ensuite appris à jouer aux échecs et un climat différent s’est créé; ensuite j’ai fait pareil avec le cadet et ils ont appris à me connaitre et à me faire confiance. Aujourd’hui ils comprennent les consignes car ils ont compris la bienveillance derrière.

  • Une autre famille que j’ai accompagnée, la mère s’était mariée plusieurs fois et avait eu plusieurs enfants de pères différents. Le fils de 33 ans était revenu avec ses deux enfants et habitait l’appartement, ce même appartement où vivaient ses demi frères et sœurs dont l’un délaissé et parfois maltraité. J’ai pu créer un lien avec ce jeune en partageant des moments conviviaux avec lui. Ils sont plusieurs dans ce cas.

Le Rocher

Les visites sont pour moi le meilleur moyen de pouvoir toucher les gens dans leur cœur, car parfois la barrière de la culture, de la religion ou de la langue peut empêcher le dialogue. Du coup, le fait de passer montre que nous nous intéressons à eux, surtout que pour eux c’est un plaisir de nous accueillir. J’ai pu créer un lien avec une famille grâce à ça.

Dans cette famille dont le père très protecteur était méfiant vis-à-vis du Rocher, j’ai pu en le rencontrant et en partageant des moments de joie avec eux, le convaincre des bienfaits du Rocher et il a accepté de laisser son fils et sa fille venir à l’escalade. J’ai pu organiser cette activité dont je suis très fier car c’est la première fois que j’organise un truc de cette ampleur, seul. C’est là où la confiance que me portent les responsables du Rocher se fait sentir dans leur acceptation des idées.

Osez la rencontre c’est bien ; mais quand on le fait, on ne rencontre pas que la personne mais aussi tout ce qui l’entoure : histoire, culture etc….

Franck Valadier