« En bénissant, le Seigneur rompit ensuite le pain et le distribua à ses disciples ». Rompre le pain est le geste du père de famille qui se préoccupe des siens et leur donne ce dont ils ont besoin pour la vie. Mais c'est aussi le geste de l'hospitalité par lequel l'étranger, l'hôte est accueilli dans la famille et il lui est consenti de prendre part à sa vie (Benoît XVI, Jeudi Saint 2009). Il s’agit donc pour nous de redécouvrir ce qui constitue l’essentiel de notre vie, de la façon dont nous la nourrissons. La Communion au Corps de Notre-Seigneur trouve son sens véritable quand elle nous conduit, nous pousse même à nourrir celles et ceux auprès desquels nous sommes envoyés.
« Partager - partager avec, c'est unir. Par le fait de partager une communion se crée. Dans le pain rompu, le Seigneur se distribue lui-même. Le geste de rompre fait aussi mystérieusement allusion à sa mort, à son amour jusqu'à la mort. Il se distribue lui-même, le vrai "pain pour la vie du monde" (Jn 6, 51). La nourriture dont l'homme a besoin au plus profond de lui-même est la communion avec Dieu lui-même » (idem). Justement, en cette année où nous sommes plus particulièrement invités à prier pour les prêtres, voyons-nous vraiment en eux les canaux de cet essentiel ? Jésus a voulu passer par des mains, une bouche, des yeux et un cœur pour Se donner en nourriture.
« Rendant grâce et bénissant, Jésus transforme le pain, il ne donne plus du pain terrestre, mais la communion avec lui-même. Cette transformation, cependant, veut être le commencement de la transformation du monde. Afin qu'il devienne un monde de résurrection, un monde de Dieu. Oui, il s'agit d'une transformation. De l'homme nouveau et du monde nouveau qui prennent leur commencement dans le pain consacré, transformé, transsubstantié » (idem).Tel est bien le but de notre communion à Jésus : la transformation du monde qui commence par notre propre transformation, intérieure et intime qui, associée à celle de tous nos frères, nous conduira à faire de notre monde la civilisation de l’Amour et de la Vérité.
Les trois invitations traditionnelles du Carême ; prière, jeûne et aumône prennent ici une dimension toute aussi eucharistique ; communion à Dieu, vraie nourriture, partage de notre nourriture pour donner au monde ce que nous avons de meilleur à lui offrir : christianiser, donc humaniser ce qui ne l’est pas.
Vaste programme ! A tous et à toutes, heureux et saint Carême !
Silouane, séminariste
(Extrait de l’Interdiocésaine janvier-février 2010)


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