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La chasteté : figure de notre rapport au réel

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Si la chasteté se définit d’abord au regard de la sexualité, elle peut se comprendre, plus largement, comme le souci ou la volonté de vivre ses désirs et ses manques, dans une perspective non-fusionnelle c’est-à-dire une perspective où soient respectées l’altérité et la différence. Dit autrement, il s’agit d’établir un juste rapport avec la réalité, un rapport où mon désir ne se confond pas avec le réel  :


  • Un juste rapport à soi : la chasteté implique une bonne connaissance de soi-même, connaissance qui n’est jamais terminée, connaissance qui permet de repérer - dans la mesure du possible - notre propre structuration psychosexuelle, les faits importants de notre histoire et les traits dominants de notre affectivité. Elle nécessite aussi une analyse de notre besoin de reconnaissance, du poids que nous attachons aux regards des autres, de notre capacité à assumer une certaine solitude. La capacité à reconnaître la différence de l’autre sexe, de l’autre dans sa richesse et ses limites conduit aussi à la justesse du rapport à soi.

  • Un juste rapport aux autres : la chasteté conduit à la reconnaissance de mon désir sexuel et à l’accueil de la différence de l’autre. La chasteté s’inscrit dans la reconnaissance des trois dimensions de la sexualité (relation, plaisir et fécondité) qui décentre le désir sexuel du seul plaisir génital et de l’immédiateté de la jouissance. D’une manière plus large, la chasteté est ordonnée à la charité c’est-à-dire elle exprime que la sexualité est don de soi. Elle invite alors à chercher - à poser - un sens à la manière dont elle est vécue. L’exercice du pouvoir, de l’autorité, de l’éducation devient non-chaste quand il oublie qu’il est service de l’autre c’est-à-dire qu’il conduit à enfermer l’autre – les autres – dans une domination toute-puissante où il ne sera plus qu’un objet de mon pouvoir, c’est-à-dire où toute relation égalitaire sera supprimée. La dimension du service, souvent rappelée dans l’Evangile, est une manière précise et sûre de vivre chastement ses rapports aux autres, de même, la capacité à se laisser remettre en question - interpeller - par d’autres (l’importance de lieu de partage et de relecture en vérité).


  • Un juste rapport au temps : toute relation, à moi-même ou aux autres, demande du temps pour se construire. Tout effort d’humanisation demande du temps. La prise en compte du temps que je ne maîtrise pas, qui se déroule sans qu’on puisse l’arrêter, est un des lieux forts où le sujet est confronté au réel. L’immédiateté - conquérir tout, tout de suite - constitue un refus d’accepter le manque, d’accepter que l’objet de mon désir ne fusionne pas avec mon désir lui-même. Construire sa vie, sa vie spirituelle demande du temps : « Ne soyez pas impatients ; bien plus ne soyez même pas impatients devant vos incapacités à devenir patients. Â» (Saint François de Sales) La chasteté implique la prise en compte des trois dimensions du temps : passé, présent et avenir.

  • Un juste rapport à Dieu : la chasteté implique le refus de toute idolâtrie (le grand péché dénoncé tout au long de la Bible), c’est-à-dire le refus de l’homme de construire ou de se représenter Dieu par lui même. Il y a des attitudes spirituelles non chastes qui cherchent à faire coïncider - fusionner- leur désir avec Dieu. Dans ces cas, il y a oubli des médiations nécessaires (Ecriture, sacrements, accompagnateur spirituel, magistère, communauté...), parfois longues et difficiles, entre Dieu et l’homme, mais aussi un oubli de la finitude de l’homme dans son rapport à Dieu. Nous sommes toujours en chemin vers Dieu. Chemin faisant se construit notre désir. La chasteté invite à marcher – à boiter parfois – sur le chemin avec d’autres, plutôt que de courir seul hors du chemin (saint Augustin).




  • Dimensions : humaine -