“Frères et Sœurs,
« Suis-moi » (Jn 21, 19).
Est-ce un ordre, une invitation ? En tout cas ces deux mots du Christ adressés à Pierre ont touché aussi Guillaume et c’est pourquoi ce soir, nous sommes grâce à eux, réunis dans la cathédrale Saint Louis de Blois.
« Suis-moi » c’est la traduction du grec « άκολούθει μοι », verbe subtile qui exprime le fait de suivre, mais aussi d’accompagner en étant disciple.
Cher Guillaume, en nous faisant part de ton ordination diaconale, tu as voulu nous livrer une phrase d’Isaïe qui t’avait profondément marqué et qui continue, m’as-tu confié, à résonner sans cesse dans ta vie ; je la cite : « Voici, je t’ai gravé sur les paumes de mes mains » (Is. 49, 16). Ce verset se trouve dans le chant du Serviteur qui annonce le Sauveur et qui décrit l’action de celui dont tu vas emboiter le pas. Serviteur tu seras, tel est la signification du terme diacre. Tu seras serviteur à la table de la Parole, à celle de l’Eucharistie. Tu prendras soin des pauvres, des malades, de ceux qui souffrent dans leur cœur, leur corps, leur âme, leur dignité. Ta réponse à l’appel du Christ « Suis-moi » est audacieuse, périlleuse, bienheureuse aussi.
Ta réponse se situe au jour où l’Église fête saint Pierre et saint Paul. Deux hommes bien proches de nous par leurs coups de cœur, leurs coups de gueule aussi. Ce sont des passionnés du Christ, Mais Pierre tenait à sa peau. Paul aura à travailler dur pour découvrir dans la loi l’expression de la grâce « S’il me manque l’amour, je ne suis qu’une cymbale retentissante » (1 Cor. 13, 1).
Les mots d’Isaïe « Voici, je t’ai gravé sur les paumes de mes mains », ne sont pas seulement, de ta part, une manière d’exorciser les périls auxquels ta vie, ton ministère te confronteront. Cette phrase est aussi ce qui conforte ton audacieuse réponse qui n’a d’égal que l’audacieuse initiative de Dieu qui te fait confiance. Étant dans la main de Dieu, qui pourra te ravir la bienheureuse espérance à laquelle tu crois ?
Les trois textes de la messe évoquent la main et l’art de la poser ou d’en disposer.
Ainsi retenons de la lettre de Paul aux Galates : « Dieu m’avait mis à part dès le sein de ma mère, dans sa grâce il m’avait appelé » (Gal. 1, 15) et l’apôtre d’ajouter comme toi sur ton faire-part : « En écrivant cela, je ne mens pas, je vous le déclare devant Dieu » (ibid. 20).
Pierre déclara à l’infirme qui mendiait devant la Belle Porte : « Je n’ai pas d’or, ni d’argent, mais ce que j’ai, je te le donne au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche. Le prenant par la main droite, il le releva » (Ac. 3, 6-7). Ton nom Guillaume gravé sur les paumes de Dieu se donnera à lire sur les tiennes « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Gal. 2, 20).
De saint Jean tu peux retenir, et nous avec toi afin que Dieu achève en toi ce qu’il a commencé : « Quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller où tu voulais ; quand tu seras vieux tu étendras les mains et c’est un autre que te mettra ta ceinture pour t’emmener là ou tu ne voudrais pas aller » (Jn 21, 18).
Guillaume écoute encore un passage d’Isaïe « Je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut atteigne aux extrémités la terre » (Is. 49, 6).
« Voici, je t’ai gravé sur les paumes de mes mains ».
Amen
Homélie de Mgr Maurice de Germiny, Evêque de Blois
Cérémonie d'ordination le 28 juin 2009 en la Cathédrale Saint-Louis de Blois


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