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Vincent Béguin : Prêtre pour le diocèse de Bourges !

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“Frères et Soeurs,

Cette célébration d’ordination concerne bien sûr en premier lieu Vincent, mais elle parle, rejoint et interpelle l’ensemble des baptisés de notre Eglise diocésaine, elle nous redit l’ordre, l’ordonnancement qui régit les relations des baptisés entre eux au contact d’une parole qui rejoint et transforme notre humanité et qui est, en même temps, Parole de Dieu : c’est en profondeur la signification de tout sacrement. L’ordination instaure un ordre sacramentel dans la vie personnelle de l’ordonné, mais, en le recevant, la communauté s’ouvre au don de la grâce divine.

C’est ce que vont décliner les textes des lectures choisies pour cette ordination autour des figures fondatrices de l’Eglise fêtées dans l’Eglise : Pierre et Paul.

Saint Pierre dans la première lecture :

Dans le livre des Actes des Apôtres, Pierre, en présence de l’infirme de naissance qui demande l’aumône à la Belle-Porte du Temple, a un dialogue que chacun, en particulier tout ministre ordonné, pourrait reprendre à son compte : « Je n’ai pas d’or ni d’argent ; ce que j’ai je te le donne : au nom de Jésus-Christ, lève-toi et marche ». Pierre le prend par la main, le relève et il est debout, il marche et loue Dieu. Pierre assume et prononce lui-même ces paroles qui transforment la vie de l’infirme mais, en même temps, il se réfère à Jésus-Christ : « Au nom de Jésus-Christ ». Son attitude n’est pas une attitude de séduction, de pouvoir, elle dit la réalité du sacrement : « Au nom de Jésus-Christ, le Nazaréen... » Elle renvoie au Christ.
Toute liturgie, tout sacrement, par la présence, l’action, la parole, l’attitude, renvoie à Jésus-Christ. C’est le sens de l’ouverture de toute action de l’assemblée du peuple chrétien : « Au nom du Père, du Fils, de l’Esprit-Saint ». C’est une responsabilité lourde que nous assumons, mais c’est en même temps libérant de pouvoir se dire : je ne suis pas le maître, c’est le Seigneur qui est à l’œuvre par le ministère du pauvre serviteur limité que je suis.
Et le résultat est là : un homme se relève, debout, transformé, marchant, bondissant et louant Dieu.

Saint Paul dans la seconde lecture :

Saint Paul, dans la lettre aux Galates, dit la même chose : il souligne la nature et la provenance de son Evangile, « non pas une invention humaine... mais une révélation de Jésus-Christ ». Et le voilà qui relit son histoire personnelle, sa vie transformée au long des années, réorientée par une relation au plus intime de son existence : « dès le sein de ma mère, il m’avait appelé ». Puis ses nombreux voyages, sa passion débordante pour l’Evangile, les rencontres.

Toi aussi, Vincent, ton attachement au Christ t’a amené à des déplacements, à des changements profonds dans ta vie. Paul relit son histoire comme conduite par Dieu lui-même, par le Christ qui l’a saisi. L’exercice de la relecture de nos vies comme habitée et conduite par une relation de foi intime est un exercice spirituel fondamental et fondateur. L’œuvre de Dieu précède la conscience que nous pouvons en avoir ; Dieu agit en nos vies avant que nous puissions en avoir conscience. L’Ecriture Sainte, par elle-même, est par nature fondamentalement œuvre de relecture. Ainsi se joue l’Alliance. Le service d’accompagnement spirituel qui est une part de notre ministère discerne l’œuvre et l’action de Dieu dans nos vies, le regard d’un frère dans la foi nous aide à un discernement spirituel qui dépasse le simple ressenti subjectif qui peut être trompeur.

Frères et Soeurs, en cette année sacerdotale voulue par le Saint-Père, au-delà des enseignements traditionnels de toujours sur la théologie du ministère, je vous suggère de vous approcher avec un regard neuf du ministère de vos prêtres et de le comprendre de l’intérieur.
Entamons le dialogue, prenons le temps de partager les joies et difficultés du ministère à partir de ce que sont et vivent les prêtres concrets qui sont à votre service ; cela veut dire prendre du temps gratuit pour le faire ; cela veut dire, pour les prêtres, s’en donner l’occasion, sortir de la confidentialité ou de la pudeur excessive, dépasser l’apparence extérieure et les jugements tout faits. Il y a des joies, des dialogues, des rencontres, des souffrances inédites méconnues du grand public. Il y a des rencontres exaltantes, de partage sur les raisons de vivre, d’aimer, de choisir qui sont sources de joie, d’une joie d’une autre nature, que le monde et le grand public, parfois mêmes des chrétiens, ne soupçonnent pas.

La pastorale des vocations doit à mes yeux se situer sur ce terrain du dialogue de foi entre chrétiens au sein même de nos communautés et de nos familles ; nous ne pouvons pas traiter une telle question par le silence. L’estime, la confiance, le témoignage simple de la vie, le dialogue de foi, le regard que nous portons sur le ministère, la prière, sont les attitudes positives qui permettront à des jeunes d’entendre cet appel, d’y répondre et surtout de se sentir attendus.

Frères et Soeurs, il n’y a pas de modèle unique de prêtres, ni dans le passé, ni dans le présent, ni dans le futur ; il y a, nous dit le Concile, un presbyterium, un corps de prêtres avec des personnalités différentes qui sont la richesse de l’Eglise au service du peuple des baptisés. Les remèdes magiques n’existent pas, les solutions extérieures artificielles ne suffisent pas. C’est la qualité de vie fraternelle et de foi de nos communautés qui sont la bonne terre que Dieu ensemence.

Dialogue de Jésus et Pierre dans l’Evangile :

L’Evangile nous met en présence du dialogue émouvant entre Jésus et Simon-Pierre, dialogue de vérité qui pousse Pierre dans ses retranchements, qui l’oblige à redire des mots fondateurs qui engagent radicalement sa vie, son avenir et son ministère. La question de Jésus introduit un dialogue que nous nous approprions : la relation à Jésus et la charge pastorale sont ainsi articulées... Il y a là une passation de pouvoir : « sois le pasteur de mes brebis » à moi, Jésus. Jésus confie ses brebis. Nos vies de prêtres s’appuient sur ces deux paroles du Christ qui encadrent le « je t’aime ».

Pourtant, le dialogue de cette passation de pouvoir ne se termine pas ainsi. Jésus fait référence au genre de mort promis à Pierre, disciple du maître jusque sur une croix. La Croix s’inscrit dans notre ministère, comme disciple du Christ ! Incontournable. « Ce genre de mort à la suite du Christ rend gloire à Dieu » nous dit encore l’Evangéliste.

Et tout se termine par le « suis-moi ». Oui, Vincent : « suis-le ». Oui, frères et sœurs, « suivons-le ». Ainsi serons-nous l’Eglise, disciple du Christ !

Homélie de Mgr Armand MAILLARD, Archevêque de Bourges
Cérémonie d'ordination le 28 juin 2009 en la Cathédrale Saint-Etienne de Bourges