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Sébastien Courault: Prêtre pour le diocèse de Nevers !

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Passons sur l'autre rive
Job 38,1.8-11, Ps 106,21-31, 2 Corinthiens 5,14-17, Marc 4,35-41

“Passons sur l'autre rive" dit Jésus.
Est-ce bien raisonnable ?

Est-ce raisonnable alors que la barque va être assaillie par la tempête et que les disciples vont se sentir perdus ?

Aujourd’hui encore, notre Église est bahutée, secouée. La foi ne fait pas recette. Et être prêtre, c’est être serviteur d’une foi exposée, d’un Évangile souvent en contradiction avec l’esprit du monde, voire avec cette manière humaine de connaître le Christ, qu’évoquait saint Paul.

Alors, est-ce bien le moment de s’engager ? Et de s’engager avec cette radicalité:
• qui ne compte pas sur le soutien d’une épouse, d’une famille,
• qui ne pourra reconnaître au moins dans ses enfants le fruit d’une vie,
• qui ne se donne pas de chemin de repli
• qui se laisse inviter avec les disciples de Jésus dans une barque qui n’échappera pas à la tempête.

Beaucoup estimeront que c’est fou. Et nous-mêmes, nous risquons toujours de comprendre le Christ à la manière humaine, de chercher à le convaincre de rester sur cette rive, de le récupérer à l’intérieur de nos propres sécurités ou de nos certitudes. Nous avons tous besoin de sécurité, nous avons tous peur de la mort ; mais, comme dit la lettre aux Hébreux, si c’est cela qui nous guide, nous passons toute notre vie en situation d’esclave. (Hébreux 2,16).

Etre esclave, c’est être en sécurité ; être libre, c’est prendre des risques. Jésus a renoncé à la sécurité. Il a entraîné les disciples vers l’autre rive. Et pourtant, dans la tempête, il dort. Il n’ignore certes pas ce qui se passe. Mais il se confie à Dieu. Il est entre les mains du Père.

Moi, j’ai peur de la mort. J’ai peur pour les autres dans ma responsabilité. Je m’inquiète et je calcule. Et pourtant, je crois que je peux me laisser entraîner par Jésus pour traverser le lac, quelle que soit la tempête. Je crois que c’est un chemin de liberté pour moi et pour vous, pour tous…

Je sais en qui j’ai mis ma foi, dira Paul vieillissant. Il nous a dit tout à l’heure : l’amour du Christ nous saisit. Notre ministère n’a d’autre sens que l’amour du Christ qui nous a saisis. N’avoir pas notre vie centrée sur nous-mêmes, mais sur le Christ qui est mort et ressuscité pour nous. Le vivre comme serviteurs de la Parole en annonçant l’Évangile, comme je vous le demanderai tout à l’heure. Comme célébrant des mystères du Christ, spécialement dans le sacrifice eucharistique et le sacrement de la réconciliation.

Est-ce radical ? n’est-ce pas évident à vivre ? Sans doute, mais nous n’avons pas envie de nous rabattre sur des valeurs évangéliques seulement, sur une forme d’humanisme qui tiendrait même sans le Christ. Le risque d’amour que Jésus a pris, l’amour du Christ nous saisit pour le prendre aussi avec lui.

Pour le service de l’humanité qui a besoin de ce pôle de confiance et de désintéressement. Pour votre service, frères et sœurs, pour rappeler sans cesse au milieu de vous que c’est Celui qui est mort et ressuscité pour nous qui nous rassemble et nous conduit encore plus loin, dans l’amour et le service.

Nous sommes là, chrétiens parmi vous, avec les mêmes faiblesses et le même désir d’union au Christ. Nous sommes là à votre service, parce que l’amour du Christ nous presse, et parce que lui nous confie ce ministère pour que, tous ensemble et chacun selon sa vocation, nous ne vivions plus notre vie centrés sur nous-mêmes, mais sur Celui qui est mort et ressuscité pour nous.

L’ordination nous dépossède de nous-mêmes… pour que nous ne soyons pas centrés sur nous-mêmes, certes, mais surtout pour que nous ne centrions pas sur nous-mêmes la vie de l’Église. L’ordination nous interdit tout cléricalisme. Nous ne sommes que vos serviteurs, pour l’amour de Jésus. (2 Corinthiens 4,5).

Sébastien, laissez-vous faire par l’Esprit Saint pour entrer dans la manière de vivre et d’aimer de Jésus, pour le suivre non à la manière humaine, mais en vous laissant entraîner sur l’autre rive…

Frères prêtres, laissons-nous renouveler dans notre ordination, en ce début d’année sacerdotale. Laissons-nous de nouveau dépouiller de la tentation de centrer sur nous, pour être ensemble, personnellement et ecclésialement désintéressés, les serviteurs de tous et d’abord des plus faibles et des plus petits, grâce à l’amour de Jésus.

Et vous tous, frères et sœurs, laissons la célébration de l’ordination nous rouvrir à cet amour du Christ qui nous saisit et nous recentre sur lui dans la liberté de l’Esprit Saint.

Homélie de Mgr Françis DENIAU, Evêque de Nevers
Cérémonie d'ordination le 21 juin 2009 à la cathédrale de Nevers