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Loïc Jaouanet : Diacre pour le diocèse de Bourges !

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© Alexandre Nombret et © Etienne Malavaux

 

“C’est par l’image de l’éducation familiale qui permet à l’enfant de grandir, de se construire, qu’Osée nous parle de l’Alliance entre Dieu et son Peuple et que cette Alliance s’inscrit dans la vie personnelle de l’un de nous qui en voit le cours de sa vie infléchi, réorienté. Au fond, c’est cette réalité de l’appel qui se joue :

« J’ai aimé Israël,
j’ai appelé mon fils.
C’est moi qui lui apprenais à marcher,
je le guidais avec humanité
par des liens de tendresse,
je le traitais comme un nourrisson
qu’on soulève contre sa joue,
je me penchais vers lui pour le faire manger. »

Et même si le peuple s’écarte du Dieu de l’Alliance et de sa Promesse, Dieu reste fidèle à sa conduite :
« Je suis Dieu, non pas homme, je ne viens pas pour exterminer. »

Ce sont donc les paroles les plus humaines qui soient dans la vie d’une famille, dans l’éducation par la tendresse, qui servent à Dieu pour dire la Parole d’Alliance, de salut. Voilà le visage de Dieu dans la logique profonde de l’Incarnation, dans la plongée d’une vie naissante et donc très fragile.
« J’ai appelé mon fils ». L’appel de l’homme par Dieu est au coeur de la Révélation chrétienne. Etre chrétien, c’est être appelé, c’est identifier l’appel de Dieu dans nos vies, c’est aussi répondre et laisser transformer nos vies, c’est laisser conduire nos vies par Dieu ou, plutôt, vivre en conduite accompagnée avec Dieu. Nous avons, me semble-t-il, à redécouvrir cette vérité première de notre foi chrétienne : l’appel.

Loïc, tu nous montres aujourd’hui où peut conduire cet appel qui retentit dans la vie d’un jeune du XXIème siècle. Concrètement, aujourd’hui, cet appel t’amène à choisir de te lier à un diocèse, celui de Bourges, dans la fidélité d’une vie entièrement donnée, et il est bon que ce diocèse ne soit pas pour toi, au moment de cet engagement, une entité abstraite, une administration, mais une communauté de foi joyeuse, des visages d’hommes, de femmes, de ta famille, de jeunes, de confrères. Le peuple chrétien est à tes côtés, sa présence vaut comme un engagement dans la foi pour que ton ministère futur s’accomplisse.
Tu vas être ordonné diacre, ce n’est pas qu’une étape intermédiaire, une formalité à accomplir en attendant mieux, l’ordination presbytérale. Puisses-tu, durant toute ton existence, ne pas oublier cette identité de serviteur à la suite du Christ, serviteur de la Parole et serviteur des pauvres du XXIème siècle. Cette ordination nous le rappelle à nous, prêtres, évêque, baptisés : c’est toute l’Eglise, toute la communauté chrétienne qui doit manifester cette diaconie, comme nous le rappellent ceux qui sont engagés dans le Conseil de Solidarité de notre diocèse : Secours Catholique, CCFD... Nul doute que le contexte de crise qui marque durablement notre société et le monde doit réveiller à frais nouveaux le rôle de la mission de l’Eglise. Il y va de la fidélité à l’Evangile, du regard incarné et bienveillant que le Dieu évoqué par Osée porte sur les plus fragiles d’entre nous. Que ton ordination de ce jour soit un rappel pour chacun d’entre nous et pour le diocèse tout entier.

Loïc, ce jour important pour toi s’inscrit dans un parcours d’éducation et de formation de plusieurs années, d’un quart de siècle : une enfance heureuse dans une famille très attentionnée qui t’a laissé beaucoup de souvenirs, puis ce parcours dans les DOM-TOM en Martinique, l’école à la discipline très stricte avec Soeur Gaetan qui faisait de vous les meilleurs élèves, ce qui n’a pourtant pas empêché de t’éveiller à la vocation de prêtre, le scoutisme. Servir la messe, l’ACE, la coopération : la paroisse de Mandritsara avec les MEP.
Il y a eu enfin ce temps du séminaire, cette belle institution qu’offre l’Eglise, unique comme service des jeunes dans l’Eglise et dans notre société.
Proposer à des jeunes adultes pendant plusieurs années de discerner l’appel de Dieu, de construire sa vie d’homme, de travailler intellectuellement, de vivre une vie fraternelle : toutes les dimensions de son existence, c’est une grâce dont on ne mesure le bienfait souvent qu’après coup. C’est une institution d’Eglise, c’est dire que nos diocèses ont à porter ce souci du séminaire, à le connaître, à se sentir en communion avec lui-même s’il est en dehors du diocèse et nous avons là à progresser et à trouver les moyens de signifier et concrétiser cette communion.

En cette année sacerdotale que le Saint-Père vient d’inaugurer, nos communautés chrétiennes ne peuvent qu’intégrer ce que représente le séminaire pour un diocèse. Au delà, au cours de l’année qui vient, je compte cibler mes visites pastorales dans les doyennés sur la pastorale des jeunes pour permettre à nos communautés de porter ce souci de l’appel dans un but pédagogique et une prière commune. Il faut que cette question de l’appel fasse l’objet d’échanges, de dialogue, quelle que soit la réponse apportée en direction de la vie religieuse, sacerdotale ou tout simplement de chrétiens engagés. J’ai remarqué, au cours du dernier pèlerinage jeunes à Lourdes, que l’un des moments forts qui ont marqué la mémoire des jeunes fut ce temps de dialogue où des prêtres ont pu témoigner de ce qui faisait leur vie de prêtre. Manifestement, les jeunes ont découvert ce qu’ils ignoraient. Instaurer un dialogue fraternel de confiance. La rencontre du séminaire dans deux doyennés, récemment, a amené des réactions très positives des fidèles.
Manifestement, les attentes sont là : à nous de leur permettre de s’exprimer.

Homélie de Mgr Armand MAILLARD, Archevêque de Bourges
Cérémonie d'ordination le 21 juin 2009 en l'église du sacré-Coeur à Bourges