Prêtre aujourd’hui, une voie que peu choisissent… et pourtant, à pas même 25 ans, André Collange, séminariste de notre diocèse, en sixième année de formation, et diacre, envisage sereinement ce choix qui correspond avant tout à un appel : « C’est au cours d’un pélé des jeunes du diocèse de Bourges en 97, à l’âge de 16 ans, que j’ai ressenti un appel à me donner au Christ, à travers le service des autres ».
Après, ce fut une ouverture au prêtre de la paroisse et un chemin de discernement qui ont conduit André au séminaire inter-diocésain d’Orléans.
La formation proposée permet de mûrir la vocation ; pour André, chaque année fut une étape importante de découverte et d’approfondissement.
La structure elle-même, avec les partages en équipes de vie, l’accompagnement spirituel et les cours, favorise l’évolution et la croissance. Un moment déterminant fut celui de l’année de stage dans une entreprise d’imprimerie après le premier cycle : « On doit alors trouver son rythme de prière sans être aidé par le cadre du séminaire ». Et puis, il y a les insertions paroissiales où l’on découvre la mission du prêtre de l’intérieur…
Aujourd’hui, la force motrice d’André est la charité : s’il fallait choisir un passage d’Écriture, ce serait 1Co, 13,1 : « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je ne suis plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit. » « Tous nos actes et toutes nos paroles sont passés au crible de la charité » nous affirme-t-il avec conviction. Son message est celui d’un jeune homme heureux qui souhaite que la communauté chrétienne « suscite des vocations par la prière et par l’accueil dans la charité… l’accueil de tous, sans restrictions. »
Portrait paru dans l’Église en Touraine du 8 septembre 2006
“Le plus ancien calendrier romain, qui remonte à l’an 354, fait déjà mention de la célébration commune de la fête des Saints Pierre et Paul. Il est étonnant, à première vue, que l’Eglise ait voulu rassembler en une seule et même célébration ces deux hommes au tempérament si différent mais que très tôt on a pris l’habitude de nommer les colonnes de l’Eglise.
Le premier est un simple pêcheur du lac de Galilée, un homme rude et spontané, un homme, certes au grand cœur, mais qui se montre timide voire hésitant quand il s’agit d’admettre parmi les disciples du Christ des personnes qui ne sont pas juives… Sa prudence donnera lieu à ce que l’on a appelé le premier concile de Jérusalem, où, après un débat, il fut décidé d’ouvrir l’Eglise à tout le monde non-juif… Ce premier concile est pour le monde un événement capital… C’est à lui que nous devons d’avoir reçu le don de la foi… C’est ce Concile qui nous a ouvert les portes de l’Eglise et de cela il nous faut savoir rendre grâce.
Paul, le second des saints que nous fêtons en ce jour, nous est présenté comme un lettré, formé chez un maître éminent… Paul, un homme fougueux et audacieux, un homme tout entier donné à ce qu’il fait… Un homme qui saura faire preuve d’autant de zèle pour propager la Bonne Nouvelle du Christ ressuscité qu’il en aura mis à le combattre. Paul est le type du missionnaire zélé entièrement donné à l’annonce de la Bonne Nouvelle, un homme que rien n’arrête dans son désir de faire connaître Jésus le Christ qui, de condition divine, n’a pas voulu garder jalousement sa condition divine mais qui s’est anéanti pour devenir semblable à nous et faire de nous des enfants de Dieu…
Ces hommes sont vraiment différents mais ils ont cependant en commun une expérience forte… celle de la miséricorde infinie de Dieu. Pierre a été touché par le regard de Jésus, il a accepté de se mettre à sa suite, il est devenu disciple… Suis-moi, marche derrière moi lui a dit Jésus, c’est vraiment dire qu’il a accepté de se mettre en marche en n’ayant d’autre référence que Jésus seul… Les évangélistes nous évoquent son caractère spontané, impulsif… ses réponses, ses engagements peut-être un peu rapides… puis ils nous décrivent Pierre en larmes lorsqu’il prend conscience qu’il a trahi…
Pierre fait alors l’expérience du pardon, de cet amour donné, redonné par celui même qu’il a trahi… Au triple reniement de Pierre, répond le triple « m’aimes-tu ? »… et voici que Jésus redonne sa confiance à Pierre, il lui confie son Eglise, il en fait une pierre de choix… Jésus nous fait comprendre, à travers Pierre, que ce n’est pas sur notre force qu’il se fonde mais sur la confiance qu’Il nous fait, sur la confiance, qu’à notre tour, nous mettons en Celui qui nous appelle…
Paul, lui aussi, avait bien compris ce message, lui qui, de persécuteur, est devenu le propagateur zélé que l’on connaît. Paul tombant de cheval, Paul perdant la vue, Paul fait l’expérience de la pauvreté… celle qui consiste à se voir totalement remis en cause, celle de la perte de tous ses moyens… Paul fait l’expérience du silence, de la prière au désert… Il fait l’expérience de la confiance : « j’ai fait de toi un instrument de choix pour l’annonce de l’Evangile »… Ses yeux s’ouvrent à la vraie lumière… A plusieurs reprises Paul nous partage son expérience… Souvent dans ses lettres il encourage ses correspondants, il les invite à la confiance : « Il est fidèle Celui qui vous a appelés… c’est encore lui qui fera cela ». Ces paroles sont véritablement le partage d’une expérience : Paul a fait l’expérience de la fragilité, de la pauvreté mais également de la force que donnent l’obéissance, la véritable humilité, une confiance totale en Celui qui à la fois nous appelle et se donne à nous pour que nous vivions en témoins de son Amour…
Chez Pierre, comme chez Paul, le Seigneur a fait son œuvre… L’un et l’autre ont témoigné jusqu’au don de leur vie… L’un et l’autre font partie de ces bienheureux dont parlait Jésus « ceux qui sont persécutés injustement, en fidélité à son nom ». C’est sur la foi active de Pierre et de Paul que notre foi repose, c’est sur leur foi et celle des douze que notre foi se fonde… Nous savons qu’« APÔTRE » signifie envoyé, missionné… Nous savons également quel est le contenu de cette mission, le récit des Actes des Apôtres nous le donne dès le premier chapitre : « Pierre se lève et déclare Il faut donc que de ces hommes qui nous ont accompagnés tout le temps que le Seigneur Jésus a vécu au milieu de nous, en commençant au baptême de Jean jusqu’au jour où il nous fut enlevé, il y en ait un qui devienne avec nous témoin de sa résurrection ». L’apôtre est donc le témoin de l’enseignement de Jésus, de sa vie publique… le témoin de la Bonne Nouvelle…
On comprend donc facilement que l’Eglise ait traditionnellement considéré ce jour comme particulièrement adapté à la célébration des ordinations sacerdotales et diaconales. On comprend pourquoi le Saint Père nous demande de célébrer tout au cours de cette année le bimillénaire de la naissance de Paul. On comprend également pourquoi, au cours de l’année de la mission qui va s’ouvrir dans notre diocèse, le Livre des Actes des Apôtres sera comme la boussole qui va guider notre réflexion et orienter notre action.
André, comme pour beaucoup, Pierre et Paul seront pour toi des témoins et des guides, des frères ainés. Puisses-tu au long de ton ministère de prêtre, vivre la prudence et la solidité de Pierre… mais avec la fougue de Paul, ce zèle que rien n’arrête, cette ouverture à l’autre quel qu’il soit avec le souci de témoigner de Jésus Christ.
En terminant je voudrais rendre grâce avec tous les prêtres qui en ces jours célèbrent l’anniversaire de leur ordination, que Pierre et Paul soient toujours leur modèles sûrs… ces maîtres dans la foi et l’apostolat qui nous rappellent la fidélité de l’amour de Dieu… qui nous rappellent qu’il nous faut vivre en témoin jusqu’à notre dernier souffle...
Enfin, pas plus tard qu’hier, j’ai pu voir en traversant notre belle Touraine que la moisson est proche… Cela m’a rappelé Jésus disant à ses disciples : levez les yeux, les champs sont blancs pour la moisson… la moisson est abondante mais les ouvriers sont peu nombreux… Frères et Sœur prions pour que de nombreux jeunes entendent cet appel à servir. Comme Paul, j’ai envie de leur dire : N’ayez pas peur… Il est fidèle Celui qui vous appelle… répondez de tout votre cœur…son soutien ne vous fera jamais défaut… Si la réponse à cet appel du Christ demande générosité et renoncement, je peux en témoigner, elle est aussi source de joie, de bonheur et d’action de grâce.
Homélie de Mgr Bernard-Nicolas Aubertin, Archevêque de Tours
Cérémonie d'ordination le 29 Juin 2008 - Saint Pierre et Saint Paul à la Cathédrale de Tours


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