Le Séminaire Interdiocésain d'Orléans, Blois, Bourges, Chartres, Nevers, Sens-Auxerre et Tours

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Pour le diocèse d'Orléans : Jérôme Monribot

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“Mon cher Jérôme,

Alors que l'Eglise témoigne de la confiance qu'elle vous accorde et me demande de vous ordonner prêtre, le Christ nous interpelle : "Et vous, que dites- vous ? Pour vous, qui suis-je ?".

Cette question, chers frères et sœurs, est aujourd'hui pour chacune et chacun de nous rassemblés en notre église Cathédrale, d'une intense actualité et d'une importance majeure. Il nous appartient de répondre personnellement et en vérité à cette interpellation, et de dire notre adhésion profonde au Christ. Bien conscients de notre impuissance à exprimer ce que nous connaissons de la richesse de son mystère, nous sommes cependant animés du désir de vivre avec lui, dans la clarté de sa lumière et la puissance de sa grâce.

En vertu de cette puissance, Jérôme, par mon ministère le Christ va vous ordonner prêtre. Puisqu'aujourd'hui l'Eglise fait mémoire des apôtres saint Pierre et saint Paul, alors que vient d'être célébré à Québec le 49ème Congrès Eucharistique international, je veux m'appliquer à redire la richesse et la fécondité du ministère presbytéral au service de l'Eucharistie "Don de Dieu pour la vie du monde", et la grandeur du sacerdoce ministériel qui rend sacramentellement présent le sacrifice du Christ Seigneur et Sauveur.

La vérité majeure qui réconforte et réjouit notre foi, c'est que le Christ rendu présent en chaque Eucharistie est le Christ vivant, vivant de vie divine et éternelle, le Christ ressuscité. Dans son ultime sacrifice, il s'est offert pour nous et s'est donné jusque dans la mort. Mais parce que cette mort était un acte suprême d'amour, un acte de divine charité, la mort a été vaincue, le Christ est ressuscité.

Ainsi, dans la puissance de sa mort et de sa résurrection, ce n'est pas seulement la divinité de Jésus qui nous est révélée, c'est la condition de l'homme et du monde qui est transformée. L'apôtre saint Paul l'a parfaitement compris et magnifiquement dit. Le caractère incontournable et, à vues humaines, irréversible de la mort ne cesse de tourmenter l'humanité. L'angoisse de la mort est à la source des impatiences et des brutalités des hommes. Elle fonde la loi des plus forts, elle cherche à légitimer leur orgueil et à justifier leur violence.

La victoire du Christ sur la mort a brisé son aiguillon et nous libère de son venin. L'apôtre Paul proclame avec ferveur ce qui est au cœur de sa foi et de son espérance, ce qui soutient et anime son zèle missionnaire : "Je vous ai transmis en premier lieu ce que j'ai moi-même reçu. Le Christ est mort pour nos péchés, selon les Ecritures. Il a été enseveli. Il est ressuscité des morts le troisième jour, selon les Ecritures. Il est apparu à Céphas puis aux Douze". (1er Cor. 15, 3-5)… Si le Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est vide, et vide aussi notre foi… Si nous mettons notre espérance dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. Mais non ! Le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui sont morts… Alors se réalisera la parole de l'Ecriture : La mort a été engloutie dans la victoire. Mort, où est ta victoire ? Mort, où est ton aiguillon ?". (1 Cor. 15, 14. 19-20. 54-55).

C'est à cette ferveur dans la foi et l'espérance que nous sommes appelés à grandir. Le Christ a promis à son Eglise d'être avec elle chaque jour. Par elle, il introduit et entraîne le monde dans sa résurrection et sa gloire. Il ouvre à l'humanité un nouvel espace pour lui offrir les prémices d'une vie nouvelle que la mort ne détruira pas. Cela vaut pour chacune et chacun d'entre nous, dans la mesure où nous sommes unis au Christ dans la foi et vivifiés par la grâce des sacrements.

Laissons-nous encore instruire et entraîner par l'apôtre Paul, écoutons-le nous dire : "Nul d'entre nous ne vit pour soi-même et nul ne meurt pour soi-même. Si nous vivons, nous vivons avec le Seigneur et si nous mourrons, nous mourrons avec le Seigneur. Dans la vie comme dans la mort, nous appartenons au Seigneur, car le Christ est mort et il est ressuscité pour être le Seigneur des morts et des vivants". (Rm 14, 7-8).

Ordonné prêtre, Jérôme, voici que vous devenez pour vos frères servant de l'Eucharistie, qui est la source et le sommet de toute vie chrétienne. Vivre en chrétien, c'est vivre dans la foi en la vérité de l'Evangile et dans l'espérance d'une vie nouvelle, dès aujourd'hui commencée avec le Christ et en Lui. De cette vie nouvelle, vous ne devez pas être seulement le prédicateur, vous devez en être le témoin, dans une participation intime au combat spirituel du Christ et à Son sacrifice pascal.

Lorsque le Christ s'est fait connaître à vous dans Son Eglise et vous a appelé à vous attacher à Lui pour mieux Le suivre, vous avez su renoncer à une carrière professionnelle et aux relations qui étaient les vôtres. Après l'apôtre saint Paul et avec lui, vous pouvez dire aujourd'hui : "Ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai considérées comme une perte à cause du Christ. Oui, je considère que tout est perte en regard de ce bien suprême qui est la connaissance de Jésus-Christ mon Seigneur… Je veux Le connaître, Lui, et la puissance de Sa résurrection. Je veux communier à Ses souffrances et Lui devenir semblable dans Sa mort, afin de parvenir, autant qu'il est possible, à Sa résurrection d'entre les morts".

Cette foi et cette espérance, Jérôme, portez-les au monde. Elles sont la bonne nouvelle que le monde attend, elles sont source d'une confiance et d'une espérance qui nous rendent capables de servir la vérité, de travailler à la fraternité, à la justice et à la paix.

Avec le millier de jeunes rassemblés à Beaugency le 25 mai pour Festi'jeunes 2008, nous avons chanté ensemble "Allez porter la joie au monde !" Tout au long de votre vie de prêtre, Jérôme, témoignez que votre foi et votre espérance sont pour vous une source de joie, et que cette joie ne fait que grandir lorsqu'on la partage.

Vous allez inaugurer votre ministère presbytéral alors que notre Eglise diocésaine s'applique à vivre du dynamisme missionnaire que renouvelle l'annonce de la Parole de Dieu dans la diversité de nos efforts catéchétiques. Ce qu'Ecclesia 2007 a été à Lourdes pour tous les diocèses de France se prolongera chez nous avec Ecclesia 45 qui nous conduira à un grand rassemblement diocésain au Campo Santo et à la Cathédrale le 18 octobre 2009.

Pour faire vivre et grandir en chrétien les fidèles dont vous serez le pasteur, faites leur partager ce que vous avez découvert vous-même : c'est Dieu qui vient nous chercher pour nous offrir de partager sa propre vie. Répondre à son appel, c'est découvrir avec bonheur que Dieu nous désire et nous attend parce qu'Il nous aime gratuitement. Jérôme, vous avez déjà reçu et vous allez encore recevoir aujourd'hui gratuitement. Tout au long de votre vie de prêtre, donnez largement, donnez gratuitement.

Amen.

Homélie de Mgr André FORT, Evêque d'Orléans
Cérémonie d'ordination à la Cathédrale Sainte Croix le 29 juin 2008