Le Séminaire Interdiocésain d'Orléans, Blois, Bourges, Chartres, Nevers, Sens-Auxerre et Tours

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Pour le diocèse d'Orléans : Michel Rabourdin

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“Chers Frères et Sœurs,

L'interpellation que le Christ vient de nous adresser est si rude, si exigeante, les termes en sont si provocants que nous pourrions être tentés de les interpréter comme des conseils de perfection réservés à ceux et celles qui sont appelés à suivre le Christ de plus près dans la vie consacrée et les ministères ordonnés.

Détrompez-vous, frères et sœurs. L'Evangile qui vient d'être proclamé est celui du 23 ème dimanche ordinaire de l'année liturgique. Le Christ s'adresse à toute notre assemblée et à tous ses fidèles réunis aujourd'hui pour célébrer le Jour de Seigneur.

Le Christ s'adresse à ceux et celles qui se sont mis en route à sa suite et qui se sont attachés à lui, c'est donc bien à nous qu'il parle pour nous avertir et nous instruire. Que devons-nous entendre ?

L'appel que le Christ nous adresse est d'abord une invitation à la persévérance et au courage. Un chrétien qui veut être fidèle à la grâce de son baptême doit tenir bon, jusqu'au bout, dans son attachement au Seigneur, alors même que les obstacles entravent sa route, que des épreuves épuisent ses forces, que des contestations et des provocations font vaciller sa foi. Et cela, il doit le vivre au cœur des relations auxquelles il tient le plus, ses relations familiales et amicales.

Ce serait discréditer l'appel du Christ et en faire un propos inapplicable que le traduire en exigence radicale de renoncement à la famille et aux proches, à la propriété et à l'usage des biens. Ce qui nous est dit, ce dont nous sommes avertis, c'est qu'il y a dans chacune de nos vies des événements, des situations et des circonstances dans lesquelles nous avons des choix à faire, des décisions à prendre pour rester fidèles au Christ. A ces moments-là, nous devons savoir à qui et à quoi nous donnons la préférence. Dans ces moments-là, pour rester chrétiens, nous devons faire nos comptes en vrais disciples et bien peser une décision qui pourra effectivement nous conduire à un vrai renoncement. Nous saurons alors ce que veut dire continuer à bâtir sur les fondations posées au jour de notre baptême. Nous connaîtrons d'expérience ce que signifie porter sa croix pour marcher à la suite du Christ.

Mon cher Michel, en relisant avec vous ce qu'a été votre chemin personnel de fidélité au Christ tout au long d'une vie professionnelle où vous avez eu des décisions à prendre et des services à rendre, je n'ai pas le sentiment qu'en vous appelant au sacerdoce ministériel je m'adresse à l'un des ouvriers de la onzième heure dont nous parle l'Evangile.

Lors de notre première rencontre, je ne vous ai pas trouvé désœuvré. J'ai été sensible à la persévérance avec laquelle vous aviez associé à vos activités professionnelles des études à l'Institut Catholique de Paris. J'ai ensuite mesuré votre attachement confiant à l'Eglise en constatant votre adhésion aux exigences d'un temps de formation en séminaire, tel que je vous le demandais, comme étape nécessaire à votre préparation à l'ordination presbytérale.

En vous accueillant, j'ai considéré que je devais prendre en compte l'homme que vous êtes, les compétences et l'expérience professionnelle qui sont les vôtres. Je souhaite que cet acquis puisse être mis en œuvre dans le ministère que je veux vous confier. Mais, ordonné prêtre, Michel, vous êtes configuré au christ dans la puissance de l'Esprit Saint que je vais appeler sur vous avec mes frères prêtres. Dans l'exercice de votre ministère, le Christ lui-même sera présent à son Eglise comme Tête de son corps, Pasteur de son troupeau, Grand-Prêtre du sacrifice rédempteur.

Je veux donc écouter avec vous l'exhortation que vient de nous adresser le Pape Benoît XVI : "Il est nécessaire que les prêtres aient conscience que dans tout leur ministère ils ne doivent jamais se mettre au premier plan, eux-mêmes ou leurs opinions, mais Jésus-Christ. Toute tentative de se poser soi-même comme protagoniste de l'action liturgique contredit l'identité sacerdotale. Le prêtre est plus que jamais serviteur et il doit s'engager continuellement à être le signe, docile entre les mains du Christ, pour renvoyer au Christ. Cela se traduit particulièrement dans l'humilité avec laquelle le prêtre guide l'action liturgique, dans l'obéissance au rite, en y adhérant de cœur et d'esprit, en évitant tout ce qui pourrait donner l'impression d'une initiative inopportune".

Le sacerdoce, comme le disait saint Augustin, est une œuvre d'amour, l'office du Bon Pasteur qui offre sa vie pour ses brebis. Pour accomplir cette œuvre d'amour, il me semble, cher Michel et chers Frères Prêtres et Diacres, que nous devons être de plus en plus des témoins et des servants de la bienveillance de Dieu.

Etre bienveillant, c'est chercher à voir en chacun de ceux à qui nous sommes envoyés le meilleur de lui-même, alors que spontanément nous avons tendance à regarder le limites et les failles des personnes et des situations.

Etre bienveillant, c'est, de prime abord, avoir avec l'autre une attitude accueillante qui prend le temps de l'écoute et de la compréhension, sans juger trop vite et surtout sans condamner.

Etre bienveillant dans une société trop pressée et souvent exigeante et dure, c'est manifester patience et confiance.

Pourquoi le prêtre doit-il être un homme de bienveillance ? Parce que son ordination en fait un témoin de Dieu qui se montre bienveillant et patient, qui ne brise pas le roseau froissé et n'éteint pas la mèche qui fume encore.

Le prêtre doit témoigner de la bienveillance de Dieu pour tous les hommes sans exception, quels que soient leur comportement, leur situation, leur religion, leur indifférence. La bienveillance de Dieu est pour tous et non pas seulement pour quelques-uns.

Prêtre témoin de la bienveillance de Dieu, c'est aussi être servant de son pardon. Le pardon lucide et généreux est toujours nécessaire pour assurer aux relations humaines, qui ne sont jamais parfaites, leur stabilité dans la vérité et la fidélité. La réconciliation est indispensable à la paix dans les relations familiales, professionnelles, associatives, politiques ; elle s'impose dans les relations ecclésiales.

Etre témoin de la bienveillance de Dieu, c'est encore lutter contre l'exclusion qui marginalise les faibles, les petits et les pauvres. Le prêtre doit rappeler à temps et à contretemps la valeur de toute personne humaine et l'égale dignité de tous, quelles que soient leurs origines et leurs cultures.

Pour la liturgie de la Parole de Dieu de la messe d'ordination qui est votre première messe concélébrée avec votre Evêque, je vous ai demandé, Michel, de nous proposer un texte en deuxième lecture. Vous avez choisi les versets 4 à 8 du chapitre 12 de la Lettre de saint Paul aux chrétiens de Rome. L'Apôtre nous invite à l'unité en comparant l'Eglise à un corps dont chaque membre doit assurer sa fonction pour le bien de tous. Chacun doit servir selon la grâce qui lui est faite, mais l'unité n'est possible que dans une profonde solidarité. Les conseils de l'Apôtre s'adressent plus particulièrement à certains, en raison de leurs fonctions propres, mais ils valent aussi plus largement pour chacun de nous. Ainsi, nous sommes appelés à régler nos actions sur la foi, pour servir, enseigner, encourager, diriger, dans la simplicité, avec le sourire. Amen.

Homélie de Mgr André FORT, Evêque d'Orléans
Cérémonie d'ordination à la Basilique de Cléry-Saint-André le 9 septembre 2007