“Paul nous invite à prier pour tous les hommes, une prière que Dieu peut accepter car il veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité (1 Tim 2,1-8). Et c’est bien la charge de messager et d’apôtre, confiée à Paul, pour enseigner aux nations païennes la foi et la vérité. Charge d’annoncer que Dieu aime tous les hommes - mais non de cet amour abstrait qui aimerait l’humanité mais se soucierait peu de chaque personne humaine. Dieu aime chacune et chacun de nous personnellement, comme le berger prenant un soin particulier de chaque brebis, selon sa constitution et son histoire (Ézéchiel 34,11-16) ; en Jésus, connaissant chaque brebis et l’appelant par son nom.
Voilà le message de Paul, centré sur le Dieu Unique et l’Unique Médiateur entre Dieu et les hommes, l’homme Jésus Christ. Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité. Voilà le message confié à notre petite Église dans le vaste monde. Non dans l’espoir de faire de tous des chrétiens. Vatican II nous rappelait que cette espérance ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ, mais bien pour tous les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l'homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l'Esprit-Saint offre à tous, d'une façon que Dieu connaît, la possibilité d'être associé au mystère pascal.
En Église, nous recevons la mission irremplaçable d’être les témoins de cet amour, de cette ouverture vitale dont notre monde a tant besoin, ce monde qui peut crever d’autosuffisance (qui pense qu’augmenter la consommation, c’est assurer le bonheur – alors qu’on étouffe la véritable faim qui nous habite), de résignation au médiocre et au mesquin, d’indifférence à la vérité (on est saoulé de discours mais aucune parole vraie, personnelle, ne nous touche au cœur).
Alors, oui, ce monde - et pas seulement l’Église - a besoin de prêtres. Prêtres par vocation, par appel de Dieu, grâce à Jésus Christ « qui m’a illuminé depuis ma prime adolescence par sa sainteté et sa noblesse et qui m’a fait vivre par les sacrements de l’Église, spécialement l’Eucharistie ». Prêtres donnés au Dieu Unique et à l’Unique Médiateur, l’homme Jésus Christ - car c’est la découverte du Christ qui nous saisit pour répondre à une vocation qui est d’abord de nous consacrer à lui, de vivre avec lui, mais qui devient aussi service de la construction de l’Église et service des hommes de ce temps.
Unique est le Médiateur, Unique est la porte - et nous ne pouvons accéder non seulement à Dieu, mais aux autres en vérité que par l’Unique Jésus Christ. Unique est le Berger qui prend soin du troupeau, de chaque brebis, et de tous ceux qui ne sont pas encore là .
C’est à la personne du Christ que « nous souhaitons nous configurer comme prêtres, pour donner définitivement notre vie à son œuvre, en vue de la sanctification des hommes et de la construction de l’Église ».
Nous ne sommes prêtres que dans le renvoi permanent au Christ, Unique Berger ; dans notre parole qui ne doit pas être la nôtre mais celle que nous recevons de lui, comme lui reçoit tout du Père ; dans les gestes sacramentels qui sont les gestes que le Ressuscité accomplit dans son Église ; singulièrement dans le geste qui rassemble l’Église pour l’accueillir, lui, dans le don de son corps et de son sang, dans le geste par lequel il se dessaisit de sa vie pour ses brebis.
Nous lui livrons notre vie dans l’engagement au célibat, signe humble et souvent incompris de notre manière de suivre le Christ au plus près de ce que lui-même a vécu dans la priorité accordée au Père et au service de ses sœurs et de ses frères. Un célibat qui n’est pas toujours facile à vivre, mais que nous vivons avec la richesse de nos relations et de notre service, qui nous situent avec toute notre humanité dans la suite du Christ et la consécration à Dieu avec lui, dans la communion avec nos sœurs et nos frères.
Et le signe de cette dépossession, de cette priorité de Dieu et d’un véritable service, c’est pour nous la fraternité du presbyterium autour de l’évêque. Nous ne sommes pas prêtres à notre compte, mais dans la solidarité d’un corps de serviteurs (Vatican II parle toujours des prêtres au pluriel), dans un travail d’équipe qui nous préserve de recentrer les autres autour de nous. Ce sont aussi les multiples collaborations avec d’autres chrétiens, collaborations qui nous préservent du cléricalisme, de cette volonté d’influence personnelle, de cette possessivité qui peut ruiner le meilleur de notre ministère.
Oui, l’aventure du ministère vaut la peine d’être vécue dans le monde d’aujourd’hui. Consacrer notre temps, nos énergies, notre vie, à contribuer à faire exister une Église qui porte l’évangile de l’amour de Dieu dans un monde qui crève de fermeture et d’indifférence. Suivre le Christ dans sa passion pour la vie et la liberté des hommes, jusqu’au don de sa vie et de sa mort. Etre serviteur dans l’attention, par notre vigilance personnelle mais d’abord au nom du Christ, à chaque brebis du troupeau, à chaque frère ou sœur que croise notre chemin. Etre serviteur d’espérance pour cette humanité en rejoignant, grâce à Dieu, les attentes et les espoirs des hommes de notre temps.
Pour que le message de l’Évangile, par sa prédication et avec la grâce de l’Esprit Saint porte du fruit dans les cœurs… non seulement parmi nous qui sommes déjà l’Église, mais pour qu’il rencontre la soif et la faim des hommes et des femmes d’aujourd’hui.
Homélie de Mgr Francis Deniau, Evêque de Nevers
Cérémonie d'ordination à la Cathédrale de Nevers le 23 septembre 2007


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