Le Séminaire Interdiocésain d'Orléans, Blois, Bourges, Chartres, Nevers, Sens-Auxerre et Tours

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Témoignage : Lucile Villey, femme, laïque et professeur au séminaire

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Voici bientôt quinze ans -un bail !– que je viens de Paris, une journée par semaine, avec la tâche redoutable de contribuer, à ma place de simple enseignant extérieur, à la formation de futurs prêtres.

Le choc que fut l’appel à ce nouveau service d’Eglise était venu un peu plus tôt, au Séminaire d’Issy-les- Moulineaux, mais c’est à Orléans que, peu à peu, cette fonction est devenue une part importante de ma vie.

Auparavant ? Avec une forme de vie consacrée, une expérience de médecin de banlieue, j’enseignais surtout à la Catho (à l’IER), engagée donc dans la formation de laïcs, nombre d’entre eux (d’elles…) envoyés par les diocèses en vue d’une responsabilité ecclésiale : il y en a à Orléans ! Là «sévissaient» aussi des eudistes, c’est ainsi que je fus appelée au Séminaire.

J’y ai la charge (avec quelques incursions ailleurs) du cours d’exégèse de Nouveau Testament en 1er cycle. Comment en témoigner ? Peut-être, en se demandant quelle différence il y a avec l’enseignement de matières semblables à des laïcs ?

Ce ne fut pas facile au début. Une femme, c’est –c’était, les choses ont un peu changé– un corps étranger à la vie du séminaire. Je n’ai pas échappé au gentil chahut des premiers cours… Parfois oppressant : par exemple, se trouver seule femme, lors de grandes assemblées, comme un manque de respiration. Il fallait aussi trouver un nouveau «genre littéraire» d’enseignement en petit groupe, attentif à chacun : ils sont si divers d’origine, d’acquis préalables…

Par mon programme -les Evangiles synoptiques- je «touche» directement à Jésus, au Jésus auquel ils viennent de se donner ; je mets des évidences en question, je «démolis» (en vue de construire, mais chacun fait son itinéraire).

La difficulté propre à ce cours, que j’ai connue ailleurs, est particulièrement sensible au séminaire. Il s’agit d’un 1er cycle, mais on ne peut se contenter d’une initiation : dans leur cursus, les séminaristes n’étudieront plus ces évangiles, à partir desquels ils auront à annoncer la Parole. Les laïcs, qui ont l’expérience de difficultés à comprendre et transmettre la Parole, trouvent plus facilement lumière et soulagement dans un cours d’exégèse que de jeunes séminaristes qui n’y voient d’abord que des complications.

J’essaie d’être attentive aux questions que se pose chacun, de les rencontrer individuellement ; je compte sur l’équipe animatrice qui peut percevoir des déstabilisations. De toutes manières, mon cours doit s’intégrer dans le jeu bien plus large de la formation au séminaire : c’est ainsi que je le conçois, attentive au parcours d’ensemble.


J’ai la chance d’être présente une journée presque entière et donc de pouvoir prier avec eux, de partager la table et des propos variés, de voir évoluer ceux que je n’ai plus en cours, parfois de les retrouver jeunes prêtres. J’ai la joie d’avoir des relations amicales, fraternelles avec les eudistes avec qui j’ai déjà une longue histoire, mais aussi avec toute l’équipe animatrice.

C’est une grande aide –que je mesure mieux avec le recul d’autres expériences- : nous travaillons dans la confiance. Avec mes défauts et limites, je me sens accueillie par les séminaristes en sorte que le «chez eux» est devenu un «chez nous» où l’on partage soucis et découvertes.

Quant à moi, et parce que j’ai pour tâche d’aider à entrer dans la Parole de Dieu ceux qui en auront la charge vivante, j’ai mieux reçu cette Parole comme vocation et en vis plus profondément que lorsque je commençai à enseigner. Merci.

Lucile Villey
Professeur d’exégèse au Séminaire
Article extrait de la Vie Diocésaine du 4 octobre 2009